du 25 au 26 janvier 2022

Théâtre

Que viennent les barbares

Myriam Marzouki

Compagnie du Dernier soir

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Présentation

Se poser la question de ce qu’être français signifie, c’est se demander en creux qui est l’étranger. Le barbare. C’est ce creux, cette béance que la metteuse en scène Myriam Merzouki explore ici. Co-écrite avec Sébastien Lepotvin, la pièce convie d’éminents témoins sur scène : James Baldwin, Toni Morrison, Mohamed Ali, Jean Sénac, Claude Lévi-Strauss… Et Marianne, bien sûr. Confrontations improbables, voire anachroniques, rencontres poétiques, échanges saisissants. De péripéties géographiques en rappels historiques, le propos se resserre autour de la société contemporaine. Interroge ses idées reçues, ses a priori, la force des apparences, les peurs irrationnelles, les réflexes transmis consciemment ou non de génération en génération. 
Que viennent les barbares est une tentative de saisir ce qui nous sépare et ce qui nous unit, en tirant quelques fils de l’histoire mondiale. Pour questionner (et éclairer) tout ce qui nous arrive, pour appréhender ce paysage nouveau dessiné par les migrations et les exils. Le titre est celui d’un poème du Grec Cavafis empreint d’une grande force symbolique : s’il se passe dans l’Antiquité, il est pourtant diablement contemporain. 

NOTE D'INTENTION

Ce qui nous regarde, créé en 2016, abordait les regards portés en France sur le voile et les femmes qui le portent. C’est une fois le spectacle achevé que j’ai compris quelque chose : au-delà du voile en tant que tel, de sa dimension religieuse, du symbole d’oppression qu’il représente pour beaucoup, de l’injure qu’il fait à de nombreuses féministes ; ce qui finalement ne va pas de soi, c’est de voir une femme voilée en France et de se dire, sans hésitation aucune : cette femme est Française. Ce qui résiste en chacun, quoi qu’on en dise, c’est un jugement spontané, dans lequel se mêlent la mémoire individuelle et collective, les récits, les pratiques invisibles du quotidien, ainsi que des mythes collectifs puissants. Et ce qu’on peut dire de la femme voilée, on pourrait le dire d’une femme noire, d’un homme basané, d’une personne asiatique et de bien d’autres encore : il y a un imaginaire inconscient qui ne les fait pas entrer, sans doutes ni questions, dans la « carte postale française ».

La société française a toujours été constituée de citoyens aux origines diverses. Aujourd’hui, les appartenances et les apparences multiples de millions de Français sont en grande partie héritées de l’expérience coloniale et des questions nouvelles sont apparues. Des strates et des noeuds de difficultés surgissent, des tensions et des peurs s’expriment, des souffrances diverses et antagonistes se manifestent, parfois dans la violence.

Cette situation n’a rien de spécifiquement français car presque partout dans le monde les êtres humains doivent faire le deuil d’une réalité - qu’elle ait existé ou non - à jamais révolue, devenue moteur à fantasmes et rêveries nostalgiques : vivre auprès de ceux qui nous ressemblent en tous points.

Dans notre pays, de nombreux citoyens, bien que nés en France, ne se sentent pas vraiment Français parce qu’ils ne sont pas perçus comme tels. Le débat politique et médiatique voudrait nous imposer la question : Qu’est-ce qu’être Français ? Qu’est-ce que l’identité nationale ? Il m’a semblé plus pertinent de changer de perspective, de cadrer ce questionnement autrement : qui est perçu comme Autre, irréductiblement décalé du « nous » national ? Et cette image de soi, cette surface de l’apparence que nul ne choisit, à quoi renvoie-t-elle ? À quelle altérité ? À quelle peur ? À quelles histoires ? Cette réalité complexe a été le thème de départ du spectacle.

La difficulté à vivre dans une société dont tous les membres n’ont pas la même couleur de peau, ne paraissent pas avoir les mêmes origines, est pour l’essentiel liée à ce qui échappe à l’intelligence et à la raison, elle s’enracine dans les imaginaires individuels et collectifs, dans les affects, elle se traduit par des réflexes de la parole et des réactions du corps, elle se trahit par des peurs et des projections fantasmatiques.

C’est à cet endroit de l’imaginaire et même de l’inconscient qu’a surgi la figure du barbare, qui permet au groupe de se définir, d’affirmer son identité : avec le barbare, les enjeux du présent rejoignent les mythes. En cela, le spectacle rejoint mon travail sur les imaginaires contemporains dans lesquels s’entrelacent la réalité vécue au présent et la mémoire du passé. Il s’inscrit dans un désir de tenter, avec les modestes et formidables moyens de la scène, la lutte contre l’immense machine à fabriquer des représentations que sont les médias dominants.


 

BIOGRAPHIE

Myriam Marzouki vit à Paris et dirige la Compagnie du dernier soir. Elle découvre le théâtre comme comédienne dans le cadre universitaire parallèlement à des études de philosophie et poursuit sa formation théâtrale à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot. Entre 2004 et 2010, elle a mis en scène des textes de Nathalie Quintane, Francis Ponge, Georges Perec, Jean-Charles Massera, Véronique Pittolo, Patrik Ourednik. Avec Emmanuelle Pireyre, elle a collaboré en 2011-2012 en lui passant commande d’un texte inédit, Laissez-nous juste le temps de vous détruire. En 2011, à l’invitation du Festival d’Avignon, elle créée Invest in democracy dans le cadre de la Session poster, une performance sur la langue de la dictature tunisienne. En 2013, elle a créé Le début de quelque chose d’après le texte d’Hugues Jallon au Festival d’Avignon.

En 2016, elle conçoit et met en scène Ce qui nous regarde, un théâtre poétique et politique, ouvert à la libre interprétation, qui interroge nos imaginaires et nos perceptions des femmes voilées en France. Ce qui nous regarde a été créé au festival Théâtre en mai, avant d’entamer une tournée nationale en 2016/17 (Ferme du Buisson, Comédie de Saint-Etienne, Comédie de Valence, Théâtre l’Echangeur/MC93 hors les murs, Comédie de Reims, TNG-Lyon).

Voir, écouter et lire

27 mars 2019

La terrasse

Myriam Marzouki et Sébastien Lepotvin, qui co-signe avec elle le texte du spectacle, mettent l’Histoire sens dessus dessous, poursuivent un travail sur la difficulté à concevoir et à vivre une société multiculturelle en France.

Sceneweb

À l’heure où beaucoup d’éditorialistes et d’intellectuels plus ou moins éclairés jugent et assènent sur cette thématique de l’identité, Myriam Marzouki préfère explorer et ouvrir le champ des possibles, de la façon la plus fertile qui soit.

Séances et tarifs

Génerique

Texte et dramaturgie : Sébastien Lepotvin et Myriam Marzouki • Avec des extraits de : Constantin Cavafis (dans la traduction de Dominique Grandmont, Editions Gallimard) et Jean Sénac, et des passages librement inspirés des interviews et récits de Mohamed Ali, James Baldwin et Claude Lévi-Strauss • Mise en scène : Myriam Marzouki • Avec : Louise Belmas, Marc Berman, Claire Lapeyre Mazérat, Samira Sedira, Maxime Tshibangu (en cours) • Scénographie : Marie Szersnovicz • Lumière : Christian Dubet • Son : Jean-Damien Ratel • Costumes : Laure Maheo • Assistante à la mise en scène et regard chorégraphique : Magali Caillet-Gajan • Stagiaire assistant à la mise en scène : Timothée Israël • Construction décor : Ateliers de la MC93

Production : MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis • Coproduction : Comédie de Béthune — CDN Hauts-de-France ; Comédie de Reims — CDN ; La Passerelle — Scène nationale de Saint-Brieuc ; Compagnie du dernier soir – compagnie conventionnée par la DRAC Île-de-France • Avec le financement de la Région Île-de-France • Avec le soutien de la SPEDIDAM, société de perception et de distribution gérant les droits des artistes interprètes, de la DRAC Île-de-France - Ministère de la Culture, du théâtre L'Echangeur — Bagnolet • Avec l'aimable autorisation de France Musique • Ce texte est lauréat de l'Aide à la création de textes dramatiques — ARTCENA. 

 

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