Le 08 juin 2023 à 20h30

Théâtre

Nos Ailes Brûlent Aussi

Myriam Marzouki

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis / Compagnie Du Dernier Soir

Kahri El Ghezal

Présentation

2010. Le corps immolé de M. Bouazizi s’embrase et précipite la Tunisie dans un processus révolutionnaire, symbolisé par une injonction : « Dégage ! ». Cette expressivité du corps et de la parole est, ici, au cœur de la dramaturgie qui entrelace le théâtre et la danse, pour raconter une histoire faite de transformations intimes et de mouvements collectifs. C’est celle de la révolution tunisienne, narrée du point de vue des anonymes, sans icônes ni égéries.

Nos ailes brûlent aussi est une pièce qui s’appuie sur une riche matière documentaire, à partir de laquelle se déploie un texte composite, tissé selon une logique poétique plus que chronologique. C’est l’occasion d’une plongée dans une langue : l’arabe dialectal tunisien (ici surtitré), traversé par le français. Une partition polyphonique, réglée sur les différents tempis du cours des événements : la lenteur sans avenir, l’effervescence révolutionnaire, la retombée, la contre-révolution... Différents rythmes pour différents registres : les mensonges officiels, les murmures étouffés, le silence puis la libération du trop-plein, les slogans, l’enthousiasme, la force collective et enfin l’hésitation, la déception face à la promesse démocratique.

L’incarnation sensible d’une libération ambivalente de la parole, dans une société qui sort de décennies d’autoritarisme et se retrouve divisée sur son avenir. Les voix se télescopent aux mouvements du corps lorsque la danse dit l’indignation, l’humiliation, le désir de justice et de fuite, et aux images filmées ou photographiées d’une Tunisie périphérique, marginalisée économiquement et socialement. Une histoire du présent, qui raconte, par éclats de paroles, le passage incertain de la dictature à la démocratie...


Note d'intention

Mon rapport personnel à une histoire collective 

« Avec ce projet, j’aimerais aborder de manière tout à fait subjective l’histoire contemporaine tunisienne et en particulier la séquence récente d’après la révolution de 2011. Je suis née en France et y ai passé l’essentiel de ma vie. J’ai cependant vécu mon enfance et mon adolescence en Tunisie, pays de mon père, et connu la fin du règne autoritaire de Bourguiba puis la dictature policière de Ben Ali à partir de 1987. Familiarité et distance, appartenance et étrangeté caractérisent mon rapport à la Tunisie, ce pays qui, avec la France, est le mien et qui me reste pourtant encore à découvrir. Mon désir de créer ce nouveau spectacle n’est pas étranger au désir de renouer les fils d’une histoire. » 

Une expérience politique atypique au point de départ du spectacle  
« À bien des égards, le destin politique tunisien est singulier. Petit pays de près de 12 millions d’habitants, sans ressources naturelles exceptionnelles, beaucoup moins intéressant d’un point de vue géostratégique que beaucoup d’autre pays méditerranéens, du Maghreb et Moyen-Orient, son histoire politique en fait cependant une exception. La révolution tunisienne de 2011 a ouvert la séquence des Printemps arabes avec les soulèvements en Libye, en Egypte puis en Syrie. Même si la situation politique tunisienne toute récente fait peser beaucoup d’incertitudes sur l’avenir, 10 ans plus tard, la Tunisie était encore le seul pays arabe à ne pas avoir sombré dans la guerre civile, le chaos politique ou la reprise en main militaire. 
Dans ce chemin complexe, chaotique et fragile de l’entrée en démocratie pendant 10 ans, la Tunisie a tenté une autre expérience inédite dans le monde arabe, celle d’un processus de justice transitionnelle entre 2014 et 2019. L’IVD, l’Instance vérité et dignité est la commission créée à la suite de la révolution de 2011 avec pour objet d’enquêter sur les violations des droits de l’Homme commises par l’État tunisien de 1955 au 31 décembre 2013 et de fournir réparation aux victimes. Plus de 60 000 plaintes ont été déposées par des citoyens tunisiens et une grande partie a été rendue publique sous la forme d’auditions, certaines retransmises à la télévision, suscitant beaucoup d’attention et d’attentes. Puis, l’intérêt des Tunisiens pour le processus a faibli, à mesure de sa lenteur, de sa politisation, de son instrumentalisation par les islamistes et de certains dysfonctionnements ; à mesure aussi que le pouvoir en place (dont une partie de ses membres est citée parmi les accusés) a cherché à discréditer l’Instance ; à mesure enfin que la déception à l’égard de la Révolution et de la transition démocratique grandissait et que les difficultés économiques s’accumulaient.  
Depuis 2019, les recommandations de l’IVD en termes d’indemnisation des victimes de la dictature et des martyrs de la révolution n’ont pas été suivies et la situation politique tunisienne actuelle - blocage politique, crise économique et sociale - peut accentuer une lecture pessimiste ou désabusée de ce processus et de la révolution en général. Cette expérience novatrice et progressiste dans le monde arabo-musulman de la libération de la parole publique n’a donc pas permis de rendre justice aux victimes, ni de condamner les bourreaux. 
Elle demeure, parmi tant d’autres, une source de déception pour les Tunisiens, qui témoignent massivement de scepticisme, voire de découragement, face aux difficultés de la transition démocratique.  
Telle une boite de Pandore, la libération de la parole dans une société muselée pendant des décennies révèle douloureusement à quel point il est difficile de dire "nous" et de formuler un avenir commun.  
C’est à cet endroit d’un processus politique en cours et d’une histoire du temps présent que je souhaite travailler en tant que metteure en scène, pour saisir un état des forces, des affects, des imaginaires, un état des corps et de la parole, traversés par ce processus exceptionnel qu’est le changement de régime politique dans une société.  
Le spectacle cherchera à raconter une histoire non héroïque de la révolution et de l’après révolution tunisienne, sans icônes ni égéries, en donnant la parole à des anonymes et en se plaçant du point de vue des "oubliés" du pays. »  
Myriam Marzouki  


Biographie
Myriam Marzouki vit à Paris et dirige la Compagnie du dernier soir. Elle découvre le théâtre comme comédienne dans le cadre universitaire parallèlement à des études de philosophie et poursuit sa formation théâtrale à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot. Entre 2004 et 2010, elle créé ses premiers spectacles à partir d’un répertoire contemporain d’auteurs vivants, essentiellement issus du champ de la poésie contemporaine (Nathalie Quintane, Jean-Charles Massera, Véronique Pittolo, Patrik Ourednik, Emmanuelle Pireyre). En 2011, invitée par le Festival d’Avignon, elle crée Invest in democracy, une performance sur la langue de la dictature tunisienne, dans le cadre de la Session poster de Boris Charmatz. En 2013, elle met en scène Le début de quelque chose d’après le texte d’Hugues Jallon au Festival d’Avignon avec 5 comédiens professionnels et un groupe de 8 comédiens amateurs. A partir de 2015 elle débute un nouveau cycle de son travail en s’engageant dans l’écriture de ses spectacles, en collaboration avec le dramaturge Sébastien Lepotvin, autour de quelques axes comme l’écriture documentée, le montage, les mythologies collectives et ses imaginaires. En 2016 elle crée Ce qui nous regarde, un spectacle de théâtre documentaire autour des perceptions du voile. En 2019, elle met en scène Que viennent les barbares : la pièce traverse librement une « histoire mondiale de la France » pour travailler sur la figure de l’« autre » dans le récit national. En 2020 elle propose un seul.e en scène à la comédienne Séphora Pondi qu’elle dirige dans S-E-U-L-E ? de Daniel Foucard. Depuis 2021 elle s’ouvre au champ de l’art lyrique en débutant une collaboration avec l’Opéra Studio de l’Opéra National du Rhin de Strasbourg. A l’invitation de la Comédie de Colmar elle conçoit et met en scène en mars 2021 une petite forme destinée à l’itinérance avec deux chanteurs lyriques et une comédienne : L’héroïne d’opéra doit-elle toujours mourir dans la dernière scène ?

Séances et tarifs

Génerique

Mise en scène : Myriam Marzouki • Texte et dramaturgie : Sébastien Lepotvin et Myriam Marzouki • Avec : Mounira Barbouch, Helmi Dridi, Majd Mastoura • Traduction et surtitrage : Hajer Bouden • Collaboration chorégraphique : Seifeddine Manaï • Scénographie : Marie Szersnovicz • Création des images : Fakhri El Ghezal • Création vidéo et sonore : Chris Felix Gouin • Création lumière : Emmanuel Valette • Costumes : Laure Maheo 


Production : MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Compagnie du dernier soir • Coproduction : Le Lieu Unique de Nantes, Comédie de Colmar - CDN Grand Est Alsace (en cours) • Avec le soutien du Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian à Antony La Compagnie du dernier soir est conventionnée par le Ministère de la Culture - DRAC Île-de-France • Spectacle en arabe dialectal tunisien surtitré en français. 

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