Le 13 mai 2022 à 19h

Musique

Le cri d’Antigone

Loïc Guénin

Compagnie Le Phare à Lucioles

© Vincent Beaume
Loïc Guénin en résidence de création pour Le Cri d'Antigone à la Muse en circuit - Janvier 2022 © Vincent Beaume
Loïc Guénin en résidence de création pour Le Cri d'Antigone à la Muse en circuit - Janvier 2022 © Vincent Beaume

Présentation

L’histoire d’Antigone est celle de la révolte originelle, la plus célèbre d’entre toutes. Maintes fois ressuscitée, Antigone n’a cessée d’être décrite et dépeinte à travers les époques : Sophocle, Hölderlin, Honeger, Cocteau, Anouilh, Brecht, Bauchau... Autant d’hommes qui ont construit cette figure emblématique de l’insoumission, figée pour toujours dans la posture de "celle qui dit non". Mais l’héroïne antique a-t-elle eu son mot à dire ? Et surtout, quels seraient ses mots dans le monde d’aujourd’hui, à l’heure d’un féminisme enfin mieux entendu ? Quelle place prendrait-elle ? Que représente-t-elle aux yeux des femmes et des hommes du monde contemporain ?

Dans ce spectacle musical, Antigone est aussi Élise. Toutes les deux au plateau, elles se posent ensemble, dans un même corps, la question de leur place, de leurs désirs, de la relation entre les êtres, à réinventer, dans un monde où le patriarcat domine toujours. Le Cri d’Antigone est une invitation au débat lancée sur la place publique, une révolte d’un personnage face à ses créateurs. L’équipe artistique, composée de 6 musicien·ne·s et d’une artiste peintre, explore et interprète l’écriture de Loïc Guénin dans une mise en scène de Anne Monfort et une mise en lumière signée Vincent Beaume. Thèbes - la ville, le peuple - est ici incarnée par un chœur amateur, formé par des spectatrices et spectateurs complices.

Un théâtre de sons, d’objets et de formes, un moment suspendu tissé de matière sonore et visuelle, qui porte un regard critique et terriblement stimulant sur l’un des mythes fondateurs de notre culture. Un cri à pousser ensemble, ici et maintenant.


NOTE D'INTENTION

Il s’agit d’un procès. Ou alors plus simplement d’une question... C’est quelque chose qui s’ouvre, qui porte à réfléchir collectivement. Un débat lancé et mis sur la place publique. Avec ses rebonds, ses dérapages, ses éclairages aussi... C’est un opéra de route, une fable intemporelle posée là pour un instant.

C’est le procès que fait Antigone à ses créateurs, au monde, à la suprématie masculine, à une certaine forme de féminisme aussi, à tout ce qui a fait d’elle ce qu’elle est à nos yeux de contemporains, sans jamais ni le vouloir ni le chercher.

Dans la mythologie grecque, Antigone (en grec ancien Ἀντιγόνη / Antigónê) est la fille d’Œdipe, roi de Thèbes, et de la reine Jocaste. Elle est ainsi la sœur d’Étéocle, de Polynice et d’Ismène. Son oncle Créon, frère de Jocaste, est également le père de son fiancé Hémon. Elle est surtout connue par deux tragédies de l’auteur athénien Sophocle, conservées jusqu’à nos jours : Antigone, où Antigone s’oppose jusqu’à la mort à Créon qui avait interdit d’ensevelir son frère Polynice pour des raisons politiques, et Œdipe à Colone, où elle apparaît principalement en tant que guide de son père Œdipe, aveugle et exilé. Ces deux pièces ont connu une abondante postérité dans les arts pendant et après l’Antiquité, jusqu’à l’époque actuelle. Antigone, et en particulier son combat contre Créon, ont revêtu de nombreuses significations selon les œuvres.

Figure emblématique d’une forme d’insoumission à la puissance et à la loi des hommes, elle revêt aujourd’hui une signification toute particulière. À travers les époques, ce sont pourtant principalement des hommes qui l’ont façonnée, écrite, peinte et mise en scène : Sophocle, Lytras, Norblin, Dupré, Hölderlin, Honeger, Orf, Cocteau, Anouilh, Brecht, Rzewski, Bauchau...

Antigone souhaitait-elle réellement revêtir ce masque de l’insoumise ? Sa posture de femme qui dit non et refuse l’ordre établi n’est-elle pas la vision des seuls hommes ? Une vision empreinte de condescendance, de désir, de refoulement ? Nous convoquons Antigone pour qu’elle parle, qu’elle dise sa colère, que son cri enfin éclate...

Le spectacle sera un objet à part, mini opéra, théâtre de sons, d’objets et de formes, donnant naissance à un moment suspendu, laissant Antigone prendre les rennes et guider tout le monde dans son épopée initiatique.

Antigone représente la résistance à l’oppression et à l’ordre établi, dicté par la loi des hommes. Elle traverse les siècles, régulièrement ressuscitée par des auteurs qui, chacun, perpétuent en elle le mythe du refus d’obéir.

Aujourd’hui, à l’heure d’un féminisme enfin mieux entendu et au regard des terribles révélations de violences sexuelles présentes dans tous les milieux (mais quasi exclusivement perpétrées par des hommes et à l’encontre de femmes), Antigone semble prendre les contours d’une icône païenne déterminée à contrer l’implicite domination des hommes. Tour à tour réelle, dangereusement humaine ou simple image (projection d’une vision de la femme par les hommes, ses propres créateurs), Antigone se confronte à eux dans une colère résignée qu’ils ont eux-mêmes créée. Elle cherche à se détacher enfin et pour de bon, après des siècles de résilience, de leur présence condescendante sur sa situation de femme incomprise.

Loïc Guénin


BIOGRAPHIE

Loïc Guénin développe un travail sur les percussions et les objets sonores centré sur l’expérimentation, l’improvisation et la matière acoustique. Depuis plus de dix ans, il multiplie les projets, les rencontres, les expériences, les créations et les projets d’éducation artistique et culturelle. Il conduit une recherche personnelle sur le son, l’écoute et l’écriture musicale contemporaine. Il travaille notamment sur la relation entre les architectures, les environnements naturels et urbains mais aussi sociologiques et sonores et le sens de l’écoute développé par chacun d’entre nous. Cette recherche approfondie lui a permis de développer une notation graphique provenant d’un collectage minutieux effectué sur les lieux qui lui passent commande. Cette recherche touche de nombreux domaines d’expérimentation (musique de création, danse et écriture chorégraphique, photographie et liens au paysages...) qu’il fait interagir dans une démarche singulière. En 2005, Loïc Guénin fonde la compagnie Le Phare à Lucioles, structure dédiée aux écritures contemporaines qui produit ses projets au national et à l’international et qui est très active sur le territoire rural et isolé du Mont Ventoux, dans le Vaucluse. Chaque année, il organise le festival Sons Dessus à Sault et de nombreuses actions pédagogiques innovantes.

À partir de 2010, ce processus de recherche a fait naître une série d’œuvres intitulée Walden [un lieu] en référence à l'ouvrage éponyme de Henri David Thoreau. La production de ce cycle lui a permis d'écrire pour les ensembles C Barré, Ars Nova ou l'Instant Donné en répondant à des commandes du GMEM-CNCM à Marseille, de l’Abbaye de Noirlac, de La Maison Maria Casarès à Alloue, d’Athénor scène nomade - CNCM à Saint Nazaire ou de l’Abbaye de Royaumont.

Depuis 2018, il assure la direction artistique du M![lieu], un projet ambitieux et innovant dédié́ aux écritures contemporaines. Prenant place dans un ancien collège du XIXe siècle à Sault, le M![lieu] associe un lieu de production, d’administration et de création pour la compagnie, un lieu de résidences pour des artistes internationaux, un lieu de diffusion, une fabrique artistique.

En 2018, Loïc Guénin est compositeur associé à la Cité musicale-Metz. En 2020 il entame une collaboration avec l’Ensemble intercontemporain et la Philharmonie de Paris qui lui passent commande d’un nouvel opus de son cycle Walden [un lieu]. Ses projets sont repérés et/ou soutenus à l’échelle nationale par le Ministère de la Culture et la SACEM, portés et défendus localement par la DRAC PACA et les collectivités de son territoire. Poursuivant son travail de défricheur, curieux de générer des rencontres artistiques pluridisciplinaires, la production de ses projets s'est considérablement amplifiée, passant de la musique instrumentale à la danse contemporaine, de la photographie à l'électroacoustique, de l'installation sonore à l'œuvre plastique, abordant avec la même rigueur des univers aussi apparemment éloignés que les musiques du monde, la création contemporaine, la noise ou le drone expérimental.

Ses prochains projets aborderont le théâtre musical (Odile et Jacques), l'Art Lyrique et la psychanalyse (Le Cri d'Antigone) ou encore la danse et la poésie (Pensées sous les nuages). Il écrira cette année un quatuor à cordes pour le quatuor Béla, ainsi qu'une pièce pour Création Mondiale - commande de Radio France - et entamera l'écriture de deux nouveaux opus de son cycle Walden (Ville de Chaumont et Philharmonie de Paris).

 

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Séances et tarifs

Génerique

De : Loïc Guénin • Avec : Élise Chauvin (voix), Fabrice Favriou (guitare électrique et pédales d'effets), Alice Piérot (violon), Vincent Lhermet (accordéon), Éric Brochard (contrebasse, patch et informatique musicale), Loïc Guénin (percussions, électroacoustique, composition, direction artistique) • Artiste peintre : Maya Le Meur • Mise en scène : Anne Monfort • Création et régie lumière : Vincent Beaume • Création et régie son : Yoann Coste • Régie générale et technique : Thierry Llorens • Production : Anne-Flavie Germain • Communication et médiation : Danaé Guilbot


Coproduction : LE ZEF - scène nationale de Marseille, GMEM — Centre national de création musicale, La Muse en Circuit - CNCM, La Cité Musicale de Metz, l’Arsenal, La Courroie • La compagnie Le Phare à Lucioles est conventionnée par le Ministère de la Culture (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur). Elle reçoit le soutien du Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural (programme LEADER), de la Région Sud, du Département du Vaucluse, de la Communauté de Communes Ventoux-Sud, de la Commune de Sault, de la SACEM, du Centre National de la Musique et de la SPEDIDAM. La compagnie est membre du réseau Futurs Composés.

 

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