Le jeudi 18 avril 2024 à 20h

Théâtre

Institut Ophélie

Nathalie Garraud & Olivier Saccomano

Théâtre des 13 vents CDN Montpellier

© Jean Louis Fernandez
© Jean Louis Fernandez
© Jean-Louis Fernandez

Présentation

Pour leur nouvelle création, Nathalie Garraud et Olivier Saccomano s’inspirent d’Ophélie, héroïne shakespearienne, pour livrer un pamphlet sur la condition féminine. Une pièce dense, sertie d’un langage franc, rythmée de frénétiques changements de décors en formidables boucles chorégraphiques.  

Sur le plateau, au centre de la narration et de la pensée : Jeanne. Dans un espace aux teintes bleutées, elle remonte le temps, passe au crible toutes les formes de domination et d’oppression qui soumettent les femmes aux hommes et aux institutions depuis plus d’un siècle. Figure de proue de la lutte féministe, Jeanne bouscule les assignations qui cristallisent les femmes. Dans un ballet à la précision horlogère, personnages ou fantômes de l’Histoire apparaissent et disparaissent, incarnant l’iconographie de tout un siècle. André Breton, Andy Warhol, Gilles Deleuze, Simone de Beauvoir ou encore Angela Davis, se succèdent et forcent l’éveil de questionnements sur l’oppression et l’émancipation. Le prénom Ophélie, hymne universel et atemporel des multiples combats des femmes, revient à intervalles réguliers. Une orchestration qui, au creux de ces tableaux poétiques et politiques, nous souffle de garder le flambeau de ces luttes...     
    
Remarquablement interprétée, cette pièce exigeante aux nombreuses références déplace les regards en même temps qu’elle nous déplace dans le temps. Pour déconstruire les représentations et, par un geste, bouleverser l’ordre du monde.   


À propos

Ophélie, c’est une invention.
Une pièce pour faire faux-bond à la Loi-du-Nom et à la tradition, pour rendre justice à la langue secrète qu’Ophélie invente avant de mourir. Une pièce sur un désir qui ne s’adapte pas. Parce que ce qu’on veut, au fond, ce qu’on désire, c’est que le théâtre soit le lieu d’une relance permanente d’un principe de non-identité ; et que cette expérience en train de se faire, nous aide à écrire la Suite de l’Histoire.

Vous voyez une femme…
Sur la scène, une femme recluse, coupée du monde tel qu’il va. Une femme en représentation, hantée par la représentation des femmes dans l’histoire du siècle et dans l’histoire de l’art. Une femme à la fois objet et sujet de la représentation, hantée par un rêve de peinture qui la pousse à faire naître des tableaux vivants, peuplés de figurants de l’Histoire, de fantômes, de spectres : une fresque entre quatre murs, où se mène une lutte sans merci avec les images. Au creux des images revient, à intervalles réguliers, le nom d’Ophélie : le nom théâtral d’une jeune fille prise au piège du jeu d’images et de valeurs où des hommes-bouffons et meurtriers tiennent le pouvoir, d’une jeune fille qui doit rester à sa place ou se retirer dans un couvent, qui en vient à délirer devant la Cour une chanson obscène, et qu’on retrouve enfin noyée dans une rivière. Pouvoir des images, enfermement, folie, suicide : il y a, dans nombreux destins de femmes au XXe siècle (Rosa Luxembourg, Virginia Woolf, Camille Claudel, Sylvia Plath, Marylin Monroe, Sarah Kane…) des "moments-Ophélie" récurrents à partir desquels sonder la persistance des représentations et les visages de l’oppression. Chaque femme, comme Ophélie, est menacée au fil de son histoire par une capture, une fixation, un arrêt sur image (ce que les mouvements militants ont nommé : une assignation). Et, au fil du temps, des " institutions" (la famille, la nation, le marché de l’emploi comme le marché de l’art) ou des sortes d’"instituts" diversement matérialisés (maisons, couvents, cliniques psychiatriques, musées) ont participé à l’orientation des représentations féminines.
Notre titre, Institut Ophélie, est donc un champ de bataille où des forces cherchent à instituer une image de la femme (fût-ce celle de la femme sacrifiée, sous les traits de la jeune fille shakespearienne), à l’objectiver, à la privatiser, à la vendre (destin contemporain des images par temps de néo-libéralisme), et où une femme cherche de toutes ses forces à fissurer l’image sur elle projetée, pour en exhiber les mécanismes et en dérégler les évidences.
Dans le Hamlet de Shakespeare, au début du XVIe siècle, à la naissance du capitalisme patriarcal, Ophélie finit noyée dans une rivière d’où sortent depuis quatre cents ans des tableaux et des poèmes. Dans l’Hamlet-Machine de Heiner Müller, à la fin du XXe siècle, elle finit enroulée dans les bandelettes de gaze d’une clinique psychiatrique et hurle avec Électre un cri de mort et d’insoumission. Dans cet Institut qui porte aujourd’hui son nom, une femme reprend le flambeau d’une lutte infinie.


Biographies

Nathalie Garraud est née en 1977. Après une formation d’actrice, elle crée la compagnie du Zieu en 1998 à Paris. Entre 2003 et 2005, elle travaille régulièrement dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban, où elle crée notamment Les Enfants d’Edward Bond. Après cette expérience marquante, elle crée en France Les Européens d’Howard Barker, mise en scène qui signe la structuration professionnelle de la compagnie en 2005. En 2006, elle rencontre Olivier Saccomano, avec qui elle codirigera désormais la compagnie. Ils conçoivent ensemble des cycles de création, dont elle signe les mises en scène : Ismène d’après Eschyle et Sophocle, Ursule d’Howard Barker et Victoria de Félix Jousserand (cycle Les Suppliantes), Les Études et Notre jeunesse d’Olivier Saccomano, L’Avantage du printemps, Othello, variation pour trois acteurs et Soudain la nuit d’Olivier Saccomano, pièces présentées au Festival d’Avignon en 2014 et 2015. Fin 2017, Nathalie Garraud et Olivier Saccomano débutent un nouveau cycle qui conduira à la création de La Beauté du geste le 3 octobre 2019. En 2021, ils créent dans le cadre du Printemps de Comédiens Un Hamlet de moins première pièce d'un diptyque qui amènera à la création de la pièce Institut Ophélie. Parallèlement, Nathalie Garraud continue à mener des projets de coopération et de formation en France et à l’étranger : un compagnonnage avec le collectif Zoukak à Beyrouth (depuis 2006), des productions étudiantes à Aix-Marseille Université (2011) et à l’Université Paul Valéry Montpellier III (2017, 2018), un laboratoire de création avec des acteurs italiens dans le cadre du projet européen Cities on Stage (2012) ou encore une création pour le projet de coopération internationale STAMBA en Irak (2013). Depuis janvier 2018, elle est co-directrice du Théâtre des 13 vents CDN Montpellier.

Olivier Saccomano est né en 1972. Après des études de philosophie, il fonde en 1998 à Marseille la compagnie Théâtre de la Peste, au sein de laquelle il met en scène une dizaine de spectacles, adaptés de textes de Brecht, Sophocle, Kafka, Duras, Darwich, Dostoievski : C’est bien c’est mal, Le monde était-il renversé ? Thèbes et ailleurs, Confessions de Stavroguine, et expérimente une forme théâtrale légère, Les Études, qui lie l’idée d’oeuvre à celle d’exercice : Monk alone / Étude n°1 à partir de « Thelonious himself » de Monk, Le Bruit de la mer / Étude n°2 à partir de lettres de Marguerite Duras, Le Poème de Beyrouth / Étude n°3 à partir du poème de Mahmoud Darwich, Évocation / Étude n°4 à partir de l’oeuvre de John Cage. De 2000 à 2013, il enseigne au département Théâtre d’Aix-Marseille Université, où il assure des cours théoriques et pratiques. Lors de ces ateliers, il rencontre Nathalie Garraud, puis rejoint la compagnie du Zieu en 2006. Ils travaillent ensemble à la conception de cycles de création, au sein desquels il se consacre à l’écriture : Notre jeunesse (2013), Othello, variation pour trois acteurs (2014), Soudain la nuit (2015), La Beauté du geste (2019), Un Hamlet de moins (2021). Il a parfois répondu à des commandes d’écriture, pour le CDN de Montluçon avec une pièce pour lycéens (Diogène, 2014) et pour Olivier Coulon-Jablonka dans le cadre du Festival Odyssée en Yvelines (Trois songes, un procès de Socrate, 2016). Parallèlement, il poursuit ses recherches philosophiques et publie des textes théoriques. Il est notamment l’auteur d’une thèse de philosophie intitulée Le Théâtre comme pensée (2016), publiée, comme les textes des pièces, aux éditions Les Solitaires Intempestifs. Depuis janvier 2018, il est co-directeur du Théâtre des 13 vents CDN Montpellier.

Voir, écouter et lire

15/10/2022

Midi Libre

À la fois absolument cérébrale et profondément ludique, éminemment politique et farouchement poétique.

Séances et tarifs

Autour du spectacle

Rencontre avec l'équipe artistique à l'issue de la représentation

Générique

Écriture : Olivier Saccomano • Mise en scène : Nathalie Garraud • Jeu : Valentine Carette, Karim Daher, Mitsou Doudeau, Mathis Masurier, Cédric Michel, Florian Onnéin*, Conchita Paz*, Lorie-Joy Ramanaidou*, Charly Totterwitz* • Scénographie : Lucie Auclair, Nathalie Garraud • Costumes : Sarah Leterrier • Lumières : Sarah Marcotte • Son : Serge Monségu • Assistanat à la mise en scène : Romane Guillaume • Collaboration technique : Nicolas Castanier

(* Troupe Associée au Théâtre des 13 vents)


Production : Théâtre des 13 vents CDN Montpellier • Coproduction : Les Quinconces & L’espal — Scène nationale Le Mans ; L’empreinte — Scène nationale Brive-Tulle ; Théâtre de l’Archipel — Scène nationale de Perpignan ; Centre dramatique national de l’Océan Indien ; La Comédie de Reims — Centre dramatique national ; Les Halles de Schaerbeek — Bruxelles ; Châteauvallon - Liberté — Scène nationale ; Le Parvis — Scène nationale Tarbes-Pyrénées ; le Théâtre du Bois de l’Aune

 

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