Le 05 mai 2020 à 20h30

Danse

Ils n'ont rien vu

Thomas Lebrun

Centre chorégraphique national de Tours

Pièce chorégraphique librement inspirée du livre Hiroshima mon amour de Marguerite Duras et du film d’Alain Resnais

© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino

Présentation

Ils n’ont rien vu, comme une volonté impérieuse de transmettre, chère au travail de Thomas Lebrun. Pour cette nouvelle création, il s’inspire librement du film Hiroshima mon amour de Marguerite Duras et Alain Resnais, et poursuit son travail autour de la mémoire, cette fois-ci tourné vers l’humanité.

Sur le plateau, un boro, oeuvre textile de huit mètres sur dix, confectionné selon la tradition par la Japonaise Rieko Koga. Telle une métaphore, s’incarnant tantôt en rivière, tantôt en vague, il se transforme, au fil de la pièce, en un symbole de mémoire. Sur ces fils assemblés, neufs interprètes se meuvent, écorchés et graves. Ensemble, ils forment et déforment une succession de tableaux sensibles et colorés, où tradition japonaise - origami, éventails, pêcheurs en tuniques bleues, danseurs en kimonos chatoyants – s’accompagne d’enregistrements sonores du film Hiroshima mon amour, et de témoignages de hibakushas - les survivants de la bombe atomique...

Centrée sur un propos tragique, cette création de Thomas Lebrun se vit comme une claque délicate dans laquelle résonne les sursauts amers de l’Histoire : pour ne pas laisser au temps le pouvoir de l’oubli. 


NOTE D'INTENTION
« J’ai voulu imposer l’impossibilité d’accrocher, d’amarrer à l’événement d’Hiroshima, enfin à la catastrophe fantastique que représente Hiroshima... une affabulation quelconque. J’ai voulu... Quand je fais dire au début ‘‘ tu n’as rien vu à Hiroshima ’’, cela voulait dire pour moi : ‘‘ Tu ne verras jamais rien !... Tu n’écriras jamais rien ! Tu ne pourras jamais rien dire sur cet événement ’’. Donc c’est vraiment à partir de l’impuissance dans laquelle j’étais, de parler de la chose, que j’ai fait le film ».
 
Ces quelques mots de Marguerite Duras parlant d’Hiroshima mon amour à la radio (Marguerite Duras, le ravissement de la parole, Les Grandes Heures, Ina/Radio France), le film, et évidemment ce qu’il s’est passé à Hiroshima, sont ensemble le point de départ de cette création.
Ces quelques mots évoquent à eux seuls notre incapacité à imaginer, à penser, à saisir, à savoir ce qu’il s’y est réellement passé.
 
Nous avons travaillé pendant trois années sur cette création. Nous sommes partis au Japon, visiter Hiroshima aujourd’hui, traverser la ville et ses souvenirs, rencontrer des hibakushas (survivants de la bombe atomique) et les personnes qui s’occupent du Mémorial de la paix, qui nous ont particulièrement aidé. Nous avons discuté avec une amie de la petite Sadako, la petite fille aux mille grues... Nous y avons aussi partagé un moment unique auprès de jeunes danseurs de kagura et de leur maître, qui nous ont transmis quelques bases dans leur petit studio au nord de la ville...
Ce voyage a complètement transformé notre vision des choses, il a nourri notre imaginaire et notre savoir de réalité et de témoignages, et nous a permis d’avancer dans ce projet, avec d’autres regards et d’autres mots : ceux des autres, qui ont vu et qui ont raconté, et que nous avons vu et écouté…
Le temps et la disparition.
La disparition d’autant de personnes le temps d’un éclair. La disparition de la nature le temps d’un souffle.
L’importance de la mémoire, aujourd’hui et pour demain.
 
À nos côtés, l’artiste japonaise Rieko Koga, a cousu de ses mains et de ses points traditionnels le boro de huit mètres sur dix rassemblant une multitude de tissus anciens et actuels venant d’Hiroshima et d’autres villes japonaises, une œuvre qui a nécessité des mois de travail, qui est pour elle « une prière pour la paix ».
 
Boro qui au plateau est parfois un lit, puis un paysage de champs vu du ciel, une branche du delta de la rivière Ota, une vague de la baie, ou encore un témoin du temps et de l’Histoire.
 
Cette Histoire qui ne change pas, et qui se répète.
La pièce se termine par un extrait du témoignage, en japonais, d’Orimen Shigeko, survivante de la bombe atomique.  ‘‘ La guerre ne nous apporte que misère et détresse. Il faut bien réfléchir à ses conséquences. Il ne faut plus jamais faire la guerre. Il faut abandonner toutes les armes nucléaires et ne plus en fabriquer. C’est notre responsabilité de préserver et de protéger la paix dont nous profitons aujourd’hui. C’est ce message que je voudrais vous transmettre.’’ Elle nous disait cela en 1990, elle avait alors 82 ans... »
Thomas Lebrun


BIOGRAPHIE
Interprète pour les chorégraphes Bernard Glandier, Daniel Larrieu, Christine Bastin et Christine Jouve, Thomas Lebrun fonde la compagnie Illico en 2000. Implanté dans le Nord, il est artiste associé à Danse à Lille / CDC de 2005 à 2011.
Avec un répertoire riche de créations en France et à l’étranger, il a développé une écriture chorégraphique exigeante, alliant une danse rigoureuse à une théâtralité affirmée.
Directeur du Centre chorégraphique national de Tours depuis 2012, il a créé La jeune fille et la mort (2012), Trois décennies d’amour cerné (2013) et Tel quel ! (2013). En juin 2014, il reçoit le Prix Chorégraphie décerné par la SACD et crée en juillet Lied Balletdans le cadre du 68e Festival d’Avignon. En 2015, il chorégraphie Où chaque souffle danse nos mémoires à l’occasion de « Monuments en mouvement » initié par le Centre des monuments nationaux puis crée Avant toutes disparitions, pièce pour 12 interprètes, au Théâtre National de Chaillot en mai 2016 et Les rois de la piste en novembre 2016 au CCNT. Nommé au grade de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en mars 2017, il crée Another look at memory au CCNT en novembre de la même année. Créée en novembre 2018, Dans ce monde est un voyage musical chorégraphié, pensé pour tous les âges. Thomas Lebrun a créé Ils n’ont rien vu à Tours en juin 2019.

Voir, écouter et lire

6 juin 2019

La nouvelle République

Ils n’ont rien vu, une pièce fleuve, émotionnellement très intense, magnifiquement stylisée.

29 mai 2019

La Terrasse

Une conscience d’hier à aujourd’hui au creux des corps et de l’espace.

11 juin 2019

Ballroom

Quand soudain, Thomas Lebrun.

Séances et tarifs

Autour du spectacle

Mardi 5 mai 2020

Danse

Rencontre à l'issue de la représentation

Génerique

Chorégraphie : Thomas Lebrun • Interprétation : Maxime Camo, Raphaël Cottin, Anne-Emmanuelle Deroo, Karima El Amrani, Akiko Kajihara, Anne-Sophie Lancelin, Matthieu Patarozzi, Léa Scher, Yohann Têté • Musiques : Japanese Traditional Percussion Taiko, Giovanni Fusco, Geogres Delerue, Paul Mark, his Orchestra and Voices, Gen-ichiro Murakami, Toshiya Sukegawa, Group from Miyazaki Prefecture, Ensemble Nipponia, Group from Nikko, André Mehmari, François Morin, Joji Hirota taiko drummers, Témoignages : Kotani Takako, Nagahara Makato, Numata Suzuko, Orimen Shigeko, Sasaki Shigeo • Création boro : Rieko Koga • Création lumière : Françoise Michel • Création son : Mélodie Souquet • Création costumes : Jeanne Guellaff


Production : Centre chorégraphique national de Tours • Coproduction : Chaillot, Théâtre national de la Danse, Les Quinconces-l’Espal, scène nationale, le Mans • Avec le soutien du Centre dramatique national de Tours (résidence de création), du Carreau du Temple - Paris 3e et du Saitama Arts Theater (Japon) • Remerciements : Groupe de kagura Kaminakachoshi, Musée du Mémorial de la Paix d'Hiroshima, Mémorial National pour la Paix dédié aux victimes de la bombe atomique, EFI Paris, Ville de Gentilly • Le Centre chorégraphique national de Tours est subventionné par le ministère de la Culture - DGCA – la DRAC Centre-Val de Loire, la Ville de Tours, le Conseil régional Centre-Val de Loire, le Conseil départemental d’Indre-et-Loire et Tours Métropole Val de Loire • L’Institut français contribue régulièrement aux tournées internationales du Centre chorégraphique national de Tours