du jeudi 11 au vendredi 12 février 2027
Présentation
Faut-il oser faire le premier pas ou attendre que l’autre s’y risque ? Dans un espace domestique devenu impraticable, la surface est recouverte de clous, deux femmes tentent pourtant de l’habiter. Le bonheur clandestin, nouvelle création de la compagnie AR, met en scène un duo de contorsion qui explore un lieu où le bonheur ne se donne pas immédiatement à voir.
Il ne s’agit ni d’une épreuve d’endurance solitaire ni d’une utilisation de l’autre à des fins personnelles, mais d’une traversée qui suppose la construction d’un échange fragile et délicat, obligeant à inventer une manière de partager l’épreuve sans la transférer. La ressemblance avec les fakirs est volontairement détournée. Il n’est pas question ici d’ascèse ou de goût du spectaculaire, mais plutôt de tentatives d’attention. La planche à clous n’est pas un numéro, elle matérialise l’adversité...
Dès lors, la contrainte devient la possibilité d’une expérience de perception et de ralentissement dans une forme d’interdépendance. Le clou du spectacle, c’est la façon dont on tient ensemble dans cette métaphore du monde où il nous faut avancer même quand ça pique.
NOTE D’INTENTION
Quel rapport entre une planche à clous et le bonheur ?
Dans les traditions ascétiques du fakirisme, le bonheur ne dépend pas des plaisirs ni du confort, mais d’un rapport transformé à l’épreuve. La figure du fakir — souvent associée à l’exploit spectaculaire — nous intéresse ici pour autre chose : sa capacité à faire de la contrainte un espace d’attention, de méditation. La planche à clous, qui nous semble être un instrument de torture, sert au fakir à rechercher une une forme d’ascèse spirituelle, voire de bonheur.
Qu’est-ce que le bonheur quand le sol est hostile ?
Dans ce projet, le fakirisme est déplacé : nous sommes, à notre manière, des fakirs face aux épreuves quotidiennes et intimes que nous rencontrons. C’est sur cette identification que se joue la dramaturgie du spectacle. Être, collectivement des fakirs; si nous envisagions les choses sous cet angle? Car, comme on le sait, il est plus simple de traverser nos difficultés lorsque nous pouvons les partager, nous faire aider, faire ensemble. Parfois, même dans l’hostilité, on trouve le bonheur, grâce à l’autre.
La douceur comme stratégie
Dans cet environnement menaçant, la douceur, n’est pas un refuge affectif. C’est une stratégie. Un positionnement exigeant de refuser d’écraser l’autre quand on en a “besoin” et qu’on pourrait le faire. Nous pensons à des figures comme Mahatma Gandhi, fakir lui-même, dont l’engagement passait par le corps : jeûne, simplicité, résistance non violente. Un usage du corps comme lieu politique. Une force sans brutalité. Dans ce spectacle, le duo sur scène interroge cette question : peut-on traverser la violence d’un système ou d'un environnement sans la reproduire ?
Les clous : un système plus qu’une menace
Les clous ne symbolisent pas une seule violence. Ils peuvent évoquer : pression sociale, charge mentale, conflits intimes, structures économiques, héritages invisibles. Tout ce qui peut rendre notre quotidien difficile. L’espace domestique recouvert de clous met en lumière une autre problématique : rendre un lieu habitable est un travail souvent invisible. Prendre soin, arranger, apaiser — sont des gestes peu valorisés, peu - ou même voire pas - rémunérés, et pourtant essentiels. Qui renonce ? Qui choisit ? De quoi avons-nous besoin pour tenir ensemble ?
Une dramaturgie d’instants suspendus
Le spectacle est construit à partir de micro-situations : un pied posé trop vite, un déséquilibre, un éclat de rire nerveux, une main tendue puis retirée. La tension ne vient pas d’un récit linéaire, mais d’une accumulation de décisions. La planche à clous peut faire mal, elle oblige à ralentir, à écouter, à répartir le poids. Si le spectateur repart avec la sensation d’avoir retenu son souffle, une conscience plus fine de son propre corps, et des questions, des interprétations : qu’est ce que symbolisent pour lui ces clous? S’appuie-t-il sur quelqu’un pour éviter ses clous? Les partage-t-il? Alors, la traversée aura eu lieu...
Alice Rende
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BIOGRAPHIES
Alice Rende a une approche singulière de la contorsion. Son premier solo, Passages, tourne depuis 2019. Sa deuxième création, Fora, est lauréat du label européen CircusNext pour le cirque contemporain et du prix Processus Cirque SACD. En 2022, elle crée la Compagnie AR, à Aix-en-Provence, pour soutenir ses projets artistiques. Alice travaille également comme metteuse en scène et enseigne la contorsion. Elle a mené des recherches (master et doctorat) en arts de la scène à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, explorant des thèmes tels que la politique du corps et le vertige.
Lucia Heege Torres (Interprète circassienne), trapéziste ballant et contorsionniste, elle a commencé sa carrière dans le domaine des arts plastiques à ESCOLA MASSANA à Barcelone puis a déménagé à Turin en 2016 pour se lancer professionnellement dans le cirque à la FLIC puis en France au CNAC dont elle est diplômée en 2021. En 2022 Lucía commence l’écriture de son premier spectacle Kraquement, création 2025. Depuis 2025 elle collabore avec la Compagnie AR en tant qu’interprète circassienne.
Séances et tarifs
Générique
Idée originale et interprétation : Alice Rende • Interprète circassienne : Lucia Heege • Interprète circassienne (doublon) : Camille Guichard • Scénographe et cheffe décoratrice : Émilie Jouve • Création lumière : Gautier Devoucoux • Costumière/Plasticienne : Virginie Breger • Création sonore : Igor Quezada • Regard complice : Michel Cerda • Production : Clémence Drack • Administration : Sophie Laloge • Diffusion : Laura Petit
Coproductions : LE ZEF - scène nationale de Marseille ; Archaos – Pôle national de cirque, Marseille ; Centre départemental de création en résidence – Étang des Aulnes ; Réseau Traverses ; Pôle des Arts de la Scène ; Théâtre de Grasse ; Théâtre du Bois de l’Aune ; École de cirque de Châtellerault • Aide à la résidence : CIRCA – Pôle national de cirque, Auch ; Le Plongeoir – Pôle national de cirque, Le Mans ; Espace Périphérique – La Villette, Paris ; Latitude 50 – Marchin (Belgique) ; Fabrique Mimont – Cannes • Subventions : DRAC PACA ; Région Sud ; Département des Bouches-du-Rhône ; Dispositif Jeune Cirque National – Ministère de la Culture (DGCA) / Région Grand Est