du 25 au 26 mars 2021

Théâtre

Le rouge éternel des coquelicots À partir de conversations avec Latifa Tir

François Cervantes

L’entreprise – Cie François Cervantes

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Présentation

De son incursion dans les parages du ZEF et les cités alentour, des vies de quartier entrevues et des existences comme autant de confidences, le metteur en scène François Cervantes en avait tiré un premier spectacle, L’épopée du grand Nord. De tous ces témoignages, il en a retenu un qui porte à sa manière la voix de tous les autres. Celui de Latifa Tir. D’origine Chaouïa, ses parents ont quitté le Maroc pour Marseille dans les années cinquante. Elle tient un snack dans les quartiers Nord, qui va être détruit. Mais son snack, c’est sa vie, « elle l’habite comme elle habite son corps ».  
La comédienne Catherine Germain prête sa voix et sa belle présence à Latifa. Seule en scène, elle l’incarne divinement bien. Elle s’approprie les mots simples, sincères et poétiques, qui disent l’indignation, la résistance, la dure réalité du quartier, l’espoir et la colère. Si sa lutte est singulière, en elle, convergent d’autres histoires, celle de l’immigration, celle de la fracture sociale, et par-dessus tout, celle de la solidarité. 


Note d’intention
« Cette aventure a commencé en 2013, avec la complicité du théâtre du Merlan, Scène Nationale installée dans les quartiers Nord de Marseille. Les gens l’appellent "leur gros voisin". Ils sont contents qu’il soit là, ce n’est pas pour eux mais c’est chez eux, ça prouve que les quartiers nord ne sont pas encore entièrement un ghetto, il y a encore des gens du centre-ville qui passent la frontière pour venir voir des spectacles.
Les quartiers nord, c’est 1/3 de la ville, le record d’Europe des inégalités, 30% d’analphabétisme, des familles où on ne travaille plus depuis plusieurs générations, une plaque tournante de la drogue, des enfants de 12 ans qui remplissent le frigo sous les yeux fermés des parents, des femmes seules qui se battent jusqu’au bout du bout pour la survie, l’éducation, et, si possible, la réussite des enfants.
C’est aussi une solidarité jamais vue ailleurs, une langue inventée fruitée épicée, des fous rires, un carnaval du sang, des traditions mélangées, une culture en train de naître.Les quartiers nord sont plus proches de New York que du centre-ville, mais on se garde bien de le dire, et surtout de leur dire.
Les quartiers Nord, c’est le fond du panier, qu’on trouve au fond du magasin : tout est entassé et on ne sait pas ce que ça vaut. Il y a des personnages sans histoire, des paysans sans terre, des marins sans bateau, des chinois sans chine, des citoyens sans papier, des sages sans sagesse… Il y a des pensées qu’on ne veut pas penser, et des histoires qu’on ne veut pas raconter.
Donc au théâtre du Merlan je préparais un spectacle : L’épopée du grand Nord, deux années de rencontres et de discussions avec des habitants, deux années d’errance dans le quartier, à pied, en bus. Il y avait une multitude de personnages, mais il n’y avait pas d’histoire. Dans cette aventure, l’auteur n’était plus celui qui avait décidé une fois pour toutes du spectacle. Les personnages du texte étaient vivants, ils discutaient, ils négociaient. (Emmanuel Levinas dit dans un de ses textes que l’inconvénient avec les livres, c’est qu’ils ne répondent pas aux questions qu’on leur pose)
C’est là que j’ai connu Latifa Tir, dans le quartier de la Busserine. Elle tient un snack en face du théâtre du Merlan. J’allais manger chez elle, et nous avons commencé à nous parler.J’étais impressionné par la puissance de son amour pour sa famille, pour ce quartier, pour cette enfance qu’elle a vécue là. Ces gens qui vivaient "dans du provisoire" ont connu des grands bonheurs, l’éternité de certains instants.
Latifa est d’origine Chaouïa, ses parents sont arrivés à Marseille dans les années cinquante, au début de la construction des quartiers Nord. Elle tire de son expérience un récit universel. Au-delà de sa vie, elle incarne le destin de sa tribu, de son quartier, de Marseille et des grands mouvements migratoires du 20ème siècle.
À ses côtés, je me suis souvenu de cette phrase : le monument de Marseille, c’est son peuple.
À la fin de « l’épopée du grand nord », je suis allé la voir et je lui ai dit : je voudrais écrire un autre texte, sur ces quartiers, sur cette époque, à partir des conversations avec toi.
Ce texte était un hommage à cette femme et le récit d’une époque qui est en train de finir violemment, sans avoir été photographiée, filmée, racontée, alors qu’elle a été le signe précurseur du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Le spectacle, créé en novembre 2017 au Théâtre du Merlan, réunissait 15 personnes au plateau, habitants et comédiens professionnels.
Des liens forts se sont tissés entre Latifa et Catherine Germain qui "jouait" son rôle, comme si elles partageaient une façon d’habiter (le plateau ou le quartier), et de mettre en contact des mondes différents.
Après cette fête collective, j’ai eu envie d’adapter ce spectacle pour en faire un monologue de Latifa Tir : une parole qui se détache de son territoire et qui voyage dans l’espace.
Latifa n’a jamais quitté Marseille.
Par la parole je voudrais qu’elle voyage, qu’elle aille à la rencontre de ceux qui vivent ailleurs.
Car « les quartiers Nord » sont partout. »
François Cervantes, novembre 2018


Biographie
François Cervantes est auteur, metteur en scène et comédien. Après une formation d’ingénieur, François Cervantes étudie le théâtre à l’Espace Acteur de Paris puis à Montréal avec Eugène Lion. Il écrit pour le théâtre depuis 1981. Il crée la compagnie l’Entreprise en 1986 pour en assurer la direction artistique, à la recherche d’un langage théâtral qui puisse raconter le monde d’aujourd’hui. Il crée une trentaine de spectacles, joués en France et dans le monde : Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Indonésie, Europe de l’Est, Afrique du Nord, Océan Indien. Les tournées internationales des spectacles ont donné lieu à des échanges avec des artistes s’interrogeant sur le rapport entre tradition et création. Ces rencontres ont marqué les créations de la compagnie. Elles l’ont fait aller vers l’origine du théâtre d’une part, et vers une écriture contemporaine d’autre part, directement en prise avec le réel, cherchant le frottement entre réel et imaginaire. François Cervantes est aussi auteur de nouvelles, romans et textes critiques.
Catherine Germain, comédienne, rencontre François Cervantes l’année où il crée la compagnie, après avoir passé trois années passées à La Rue Blanche (ENSATT). Depuis elle joue dans la plupart des créations de la compagnie. Leur collaboration a donné lieu à une recherche approfondie sur le travail de l’acteur, et notamment dans le domaine du clown et du masque. En 2004, la compagnie s’installe à la Friche la Belle de Mai à Marseille, pour mener l’aventure d’une troupe, d’un répertoire et d’une relation longue et régulière avec le public. Par ailleurs, François Cervantes et Catherine Germain dispensent leurs enseignements en France et à l’étranger pour des artistes de théâtre ou de cirque.

Voir, écouter et lire

Télérama

Ce spectacle est un grand moment de théâtre. Magnifique !

Emmanuelle Bouchez

Médiapart

C'est un spectacle qui, avec trois fois rien, donne le tournis du ravissement permanent.

Jean-Pierre Thibaudat

Le Masque et la Plume

Le texte de François Cervantes est très clair, direct, d'une richesse profonde. Catherine Germain est fine, sensible, elle donne au moindre mot des moirures délicates. Ce qui se dit, c'est la France d'aujourd'hui, c'est le destin des émigrés maghrébins comme le père. Avec ses aventures personnelles qui tiennent aussi du conte de fées. Une histoire d'en France. Un beau moment de théâtre qui va bien au-delà de la représentation.

Armelle Héliot

Séances et tarifs

Autour du spectacle

Jeudi 25 mars

Théâtre

Rencontre à l’issue de la représentation

Génerique

De : François Cervantes, à partir de conversations avec Latifa Tir • Avec : Catherine Germain• Création son et régie générale : Xavier Brousse• Création Lumière : Dominique Borrini• Peinture accessoires : Eva Grüber Lloret


Production : L’Entreprise - Cie François Cervantes • Partenaires de production : La Friche La Belle de Mai, Marseille • Avec le soutien du Ministère de la Culture – DRAC PACA, Le Conseil Régional Sud – Provence Alpes Côte d’Azur, Le Conseil Départemental des Bouches du Rhône et la Ville de Marseille • Texte édité aux Solitaires Intempestifs, 2019