du 08 au 09 octobre 2019

Théâtre Cirque Danse

Dans ma chambre épisode 01

Arnaud Saury

MMFF - Mathieu Ma Fille Foundation

Dans ma chambreépisode 02

Arnaud Saury

MMFF - Mathieu Ma Fille Foundation

© MMFF

Présentation

« Au commencement était la chambre » Kantor

En deux performances domestiques Arnaud Saury fait de la contrainte de ce lieu clos et intime un endroit de représentation unique. Avec une dérision singulière et un humour décalé propre à son travail, il repart comme à son accoutumée dans l’aventure qu’il affectionne : celle de la transdisciplinarité entre danse, théâtre et cirque. Comme toujours, la simplicité et l’économie de moyen d’Arnaud Saury décuplent l’inventivité de ses créations.

D’un côté, Faissal El Assia jeune artiste marocain. Dans cette chambre, au son new wave de Propaganda, Faissal ne fait pas autre chose que ce qu’il fait parfois dans la sienne, c’est à dire danser. Faute de n’avoir, le plus souvent, d’autre espace sous la main. Il faut bien faire avec. Passer de chambres en chambres comme si de rien n’était...

De l’autre côté, Arnaud Saury invite le circassien Édouard Peurichard, lanceur de couteaux, à le prendre pour cible. L’un refuse. L’autre insiste. Dans le huis-clos de cette chambre, de quel côté se trouve la prise de risque ?

NOTE D’INTENTION
Dans ma chambre - Épisode 01 
« L’espace de travail n’est pas à proprement parler un espace de représentation, la chambre restant avant tout une mise à distance du monde. Mais ici l’espace chambre devient plus grand et on peut de fait y convier une centaine de personnes. Je crois qu’en occupant cette chambre Faissal n’y fait pas autre chose que ce qu’il fait parfois dans la sienne, c’est à dire danser. Faute de n’avoir d’autre espace sous la main peut-être. Il faut bien faire avec. Danser et travailler sa danse. Passer de chambres en chambres comme si de rien n’était. 

La première fois que j’ai croisé Faissal c’était à Casablanca. Je n’étais pas venu là pour du tourisme sexuel, nous avons donc pu parler normalement sans avoir autre chose en tête que le plaisir de vagabonder dans cette ville après une journée de labeur, en lien avec une résidence de travail sur un projet en cours, soit l’objet précis de ma présence au Maroc. Je devais y jouer un solo. Un projet sur le lien amoureux. La nouvelle génération marocaine n’étant plus vraiment francophone, on m’avait octroyé les services d’un traducteur pour les représentations. Kamal, danseur de son métier, que j’ai du coup invité sur le plateau avec moi. Lors d’un atelier je recroise alors Faissal que j’invite aussi. Il a envie d’être là. En soirée je cherche un bar où pouvoir prendre un verre. J’embarque Faissal dans ma quête. Cela ne le gène pas de m’accompagner, je boirai des softs me dit-il. Je lui réponds que cela ne me gène pas non plus. Sa remarque me replonge malgré tout quelque temps en arrière. Je venais, deux ans auparavant, de me séparer d’un interprète, sur un autre projet en cours à l’époque à Marseille. Le projet évoquait le lien ô combien singulier que certains tissent avec Dieu ou le Christ. Mécréant de nature je ne doutais pourtant pas de la nature de ce lien. Ce n’était pas aussi évident pour Bilal ledit interprète. La fiction ne peut exister sur un plateau me dit-il, je ne peux dire sur scène que ce que je pense vraiment, ton histoire de Christ sur la croix par exemple c’est une chose que je ne peux pas dire. Le Christ n’a jamais été sur la croix. Je lui demande s’il faut en avertir le milliard de chrétiens qui nous entourent. Je m’inquiète de la tâche à venir si jamais il me disait oui. Il préfère botter en touche et me fait comprendre que je ne peux pas dire non plus que je peux croire en la foi des autres si je ne crois pas moi-même en Dieu. Je lui précise qu’ici il est possible de dire sur un plateau que le Christ n’a jamais été sur la croix. Il se calme et acquiesce. Nous notons tout ça sur nos petits carnets comme une chose acquise. Je relève la tête et lui dit un brin provocateur qu’avec cette nouvelle donne on n’est pas à l’abri en France de voir une tribu d’intégristes manifester contre cet autre blasphème, un soir de représentation. Il s’énerve à nouveau et préfère ne rien dire sur le Christ pour ne blesser personne. Tu sais Bilal quoi que tu dises, tu blesseras toujours quelqu’un. Je décide un peu plus tard de me séparer de lui, à l’issue d’une rencontre publique. Après le filage un spectateur note la lutte qu’il croit deviner dans son corps de danseur, il le pense en lutte avec Dieu. Bilal dit que cette lutte n’a rien à voir avec Dieu. Il n’est pas en lutte avec lui. Il est en lutte avec notre projet. Je cherche un autre danseur. On me parle d’un certain Youness. Je crois tout le monde sur parole et embarque cet homme dans l’aventure sans le connaître. Youness débarque lui aussi à Marseille. Il vit à Paris depuis quelques années déjà. Je l’invite à prendre un verre après notre première journée de travail. Nous nous bourrons la gueule au spritz. Je lui dis que s’il faut qu’un arabe boive autant que moi pour que l’on puisse s’entendre, on est bien mal barré. Autant lui que moi.

La question ne se pose pas avec Faissal à Casablanca. Il boira des softs. Dans la rue il pointe un immeuble du doigt devant lequel on passe, c’est là que j’ai commencé à danser précise t-il. Je lui demande si l’immeuble en question abrite une école de danse. Non. Il me parle du bas de l’immeuble, sous les arcades, c’est là qu’il s’est initié au hip-hop étant plus jeune. Tu as donc commencé la danse dans la rue. Oui, bien sûr me dit-il. Il me traîne dans un bar, un genre de cabaret. Je prends une bière et le regarde danser. Je regarde danser tout le monde. Pour moi, il n’y a que trois personnes qui ont vraiment envie d’être sur la piste ce soir-là. Une sorte de trinité. Je décide d’inviter Faissal sur un tout autre projet Dans ma chambre. Il ne ressemble pas vraiment à Jésus, n’est pas totalement bilingue et ne connait pas ledit projet. Le quiproquo levé nous pouvons rejoindre nos propres chambres sans être inquiétés. »
Arnaud Saury

Dans ma chambre - Épisode 02
« J’ai croisé une première fois Edward, seulement quelques minutes sur la côte d’Emeraude en Bretagne, lors d’une animation déconcertante en marge d’une épreuve régionale de lancer de hache double et de tomahawk. Je lui fais part de mon projet de créer un club de lancers de couteaux à Marseille. Comme fondateur je me sens un brin isolé et un peu perdu dans cette entreprise. S’en suivent courriels et appels téléphoniques entre nous. Les questions s’accumulent. Alors Edward propose de venir me rencontrer à Marseille pour tirer l’affaire au clair. Il me précise qu’il peut effectivement aider un club en devenir même s’il n’est pas licencié. Je lui montre mon lieu d’entrainement en plein air, un vaste terrain proche de bâtiments abandonnés, une ancienne cimenterie du côté de la Nerthe à l’Estaque. Edward admire le très grand terrain et voit déjà à quoi pourrait ressembler l’alignement de pas de lancers lors du futur Open de Marseille. Nous rions de concert et nous voilà tous deux comparant le grand nombre de couteaux qu’il a apporté, les haches différentes. Je lui montre mes lancers, bon en effet je tâtonne et n’avance pas beaucoup. Edward m’explique alors qu’on ne jette pas un couteau qu’on le lance. Il me parle de mes appuis, du bassin, de la respiration. Enfin bref tout, ou tout au moins le B.A.BA indispensable, que des débutants devraient appréhender de prime abord. Je suis sidéré de comprendre que le lancer implique tant de détails. Je lance la hache, c’est une première pour moi et je comprends dès lors l’importance de la distance à la cible. Nous essayons des haches différentes, comparons leurs formes, la longueur des manches. Edward me montre également le lancer no-spin. Trop technique à mon sens. Les couteaux plantent, certains bien perpendiculaires, d’autres pas, cela permet aussi de les étudier et de faire des corrections de lancer. Après quelques rappels sur la sécurité, des précautions à prendre avec nos articulations et nos tendons, nous rangeons le matériel. Ed me fait des schémas pour construire des pas de lancers facilement et à moindres frais, il me conseille pour fabriquer des pochoirs en couleur. Il me laisse enfin entrer dans le monde des lanceurs. Et nous voilà pleins d’énergie, prévoyant d’autres rencontres. En tant que débutant je suis ravi de pouvoir puiser conseils et soutien auprès d’un autre lanceur beaucoup plus expérimenté. Mais la nuit vient, nous devons réinstaller la cible à l’intérieur. Sans local officiel je ne vois guère que mon appartement comme solution de repli pour poursuivre nos investigations. Nous adossons donc la cible Dans ma chambre, contre le sommier de mon lit une fois relevé et en protégeant soigneusement sol, murs et fenêtres avec de vieux tapis de gym. Il continue de m’expliquer les nuances du lancer, les postures différentes, les tenues du couteau. Si Edward pense que cette belle initiative est un exemple pour d’autres lanceurs qui peuvent se lancer aussi dans cette aventure si gratifiante, il s’interroge sur mes motivations réelles. Créer un club dans la deuxième ville de France est un beau projet qui prendra très vite, à n’en pas douter, beaucoup d’ampleur selon lui mais il ne comprend pas bien pourquoi je suis venu m’enquérir d’un artiste de cirque pour ce projet d’envergure alors que la Ligue Nationale des Lanceurs soutient bien évidemment ce type d’initiative. Touché au vif, je lui confie alors qu’aucun club de la région n’accepte de lancer des couteaux enflammés et les yeux bandés sur une cible vivante et que je ne voyais donc pas comment pouvoir progresser avec ce genre de petits joueurs. C’est précisément à ce moment-là qu’il a sorti de son sac de sport une coiffe d’indien et deux justaucorps. L’un d’eux était pailleté et semblait être à ma taille. Nul doute alors que ma vie allait enfin vraiment changer. » 
Arnaud Saury


BIOGRAPHIE
Arnaud Saury, comédien et Metteur en scène,est issu de la deuxième promotion de l’école du TNB (Rennes). Il travaille par la suite avec les metteurs en scène Matthias Langhoff et Jean-Luc Terrade. Il occupe pendant 6 ans un tiers-temps de danseur atypique au sein de La Zouze (Compagnie du chorégraphe Christophe Haleb) où il participe entre autres à Domestic Flight. Il rejoint le groupe de travail Humanus Gruppo (Rennes) en 2006 (La conquête du pôle sudde Manfred Karge avec Rachid Zanouda, La Dingoterie avec Eric Didry). Il travaille avec Nicolas Frize sur La Danse des Traductions. Collabore avec Mireille Guerre, Raffaella Giordano (Pour le reste on verra), Suzanne Joubert et Marie Vayssière (Show Room). Regard extérieur avec le groupe Impérial Orphéon (Gala), Olivier Debelhoir (L’Ouest loin). Il est membre fondateur de Mathieu Ma Fille Foundation (Marseille) et initie dans la foulée l’écriture de projets transdisciplinaires et collectifs, I’m a Love Result en 2012, puis le cycle Mémoires du Grand Nord, En dépit de la distance qui nous sépare, Dad is Dead et Manifeste (nous n’avons plus d’histoire à raconter) en 2018.

 

Séances et tarifs

Génerique

Épisode 01
Conception : Arnaud Saury • Écriture : Arnaud Saury, Faissal El Assia • Collaboration artistique : Meryem Jazouli • Interprétation : Faissal El Assia • Lumière : Zoe Dada • Son : Manuel Coursin • Régie générale : Paul Fontaine

Épisode 02
Conception : Arnaud Saury • Écriture et interprétation : Arnaud Saury et Edouard Peurichard • Lumière : Zoe Dada • Son : Manuel Coursin • Régie générale : Paul Fontaine


DANS MA CHAMBRE Épisodes 01 & 02
Production : Mathieu Ma Fille Foundation – Marseille • Coproduction : Le Merlan scène nationale de Marseille, L’Agora – Pôle national cirque de Boulazac Nouvelle Aquitaine, La Verrerie – Pôle national cirque Occitanie • Aide à la résidence : Institut Français de Casablanca, Le H2/61.26 et l’Espace Darja – Casablanca / Maroc, La Verrerie – Pôle national cirque Occitanie, Pôle national cirque de Boulazac Nouvelle Aquitaine, Le Merlan scène nationale de Marseille, Montévidéo - Créations Contemporaines - Atelier de Fabrique Artistique – Marseille • Soutiens : Région SUD – Provence - Alpes - Côte d’Azur / Ville de Marseille • Création des épisodes 01 & 02 / 8 et 9 octobre 2019 / Festival actOral en coréalisation avec LE ZEF - scène nationale de Marseille.