Le 06 novembre 2020 à 20h30

Théâtre

TRANS (més enllà)

Didier Ruiz

La compagnie des Hommes

© Émilia Stéfani-Law
© Émilia Stéfani-Law
© Émilia Stéfani-Law
© Émilia Stéfani-Law

Présentation

Devant un grand voilage clair, comme dans une antichambre, Clara, Sandra, Raúl, Ian, Danny et Neus se présentent comme ils sont  : des hommes et des femmes, longtemps assignés à un genre, dans un corps vécu comme une prison. Autant de personnalités que d'histoires différentes se dévoilent alors dans une simplicité désarmante, sincères, pudiques et sans détour... La violence, la rue, les institutions, le harcèlement au travail, l'incompréhension familiale, la solitude, ils ont connu... Par la parole, ces hommes et ces femmes se livrent et se délivrent, racontent avec leurs mots le chemin parfois tortueux qui les a menés à leur identité véritable, à leur seconde naissance, à l’aboutissement de leur liberté. Au milieu de ces trajectoires intimes, s'invitent des vidéos, comme autant d'interludes colorées et poétiques rythmant ce face à face émouvant. Avec cette création participative, et par cette parole donnée aux transsexuels, Didier Ruiz interroge les notions de masculin et de féminin, de binarité des genres, pour mieux déconstruire les normes sociales qui les entourent. Le théâtre de Didier Ruiz est un théâtre de l'humanité, un acte fort de dénonciation pour tenter de changer « une société intolérante qui a oublié de parler d'amour ».


Note d’intention
« Une longue peine créée en avril 2016 tentait de raconter l’enfermement de celles et ceux qui ont connu la prison. J’ai souhaité prolonger cette réflexion avec ceux qui se sentent contraints dans un corps qu’ils vivent comme une prison. La société, la culture, la famille, l’éducation nous obligent à être en accord avec notre corps, l’intérieur et l’extérieur doivent impérativement correspondre. Et celles et ceux pour qui il n’y a pas de correspondance, qui sont enfermés dans un corps étranger, qui rejettent l’identité de genre assignée ? Comment poussent-ils un cri pour se faire entendre ? Qui est là pour les entendre ? Avec quelle réponse ? 
Leur choix est différent et nous les regardons parfois avec mépris ou pire, avec pitié. Ils nous ouvrent au contraire des mondes. Ils nous font sortir d’un système binaire, homme ou femme, qui n’a aucune valeur scientifique. Ils nous demandent de les regarder dans les yeux et non à l’entre-jambe. Ce sont des êtres humains et non des monstres. Où est la normalité ? Dans la dignité ou dans la curiosité malsaine ? Où est la monstruosité ? Dans la différence ou dans l’intolérance ? Ne sont-ils pas au contraire l’exemple absolu de la liberté totale ? Depuis le début du travail, de nos rencontres, j’ai été frappé par la sérénité qui se dégage du groupe, par la conscience d’avoir atteint la liberté, d’être pleinement en accord avec eux-mêmes. Sans parler de leur extrême tolérance envers les autres. C’est une rencontre, comme souvent, qui m’a fait réaliser à quel point ma vision avait des limites. En juillet 2015, au comptoir d’une salle de spectacle à Barcelone, une mère de famille me montre la photo de son fils qui s’habille en fille depuis plusieurs années. Elle me parle, avec une grande simplicité de son engagement au sein d’une association de parents d’enfants trans. La prise de conscience de ma méconnaissance et de mon peu d’ouverture d’esprit à la multiplicité des genres a été immédiate.
Sur le modèle d’Une longue peine, sept participants parlent de leur expérience, de leur place dans la société. Les rencontres se sont faites à Barcelone, « ville trans » comme le dit Lluis Pasqual. Les langues du plateau sont le catalan et l’espagnol suivant la culture de chacun.e. La tournée en France sera sur-titrée. 
Loin des clichés et fantasmes de la nuit, j’ai réuni des participants de tous âges, qui ont une vie sociale, familiale et professionnelle, assez ordinaire. Trois hommes et trois femmes. Certains ont entrepris leur transition depuis de nombreuses années, d’autres depuis peu. Clara vit sa transition en même temps que nous répétons. Elle a commencé au mois de novembre 2017. Toutes et tous ont un emploi : dessinateur, manutentionnaire, chauffeur de bus, coiffeuse. Le choix n’a pas été simple. J’ai rencontré trente-deux personnes pour en garder sept. J’ai ressenti beaucoup d’amour, d’engagement chez tous ces hommes et ces femmes dont certains avaient des parcours difficiles. Toutes et tous étaient admirables de dignité et de détermination. 
Je travaille sur ce spectacle avec Tomeo Vergés, fidèle compagnon depuis 2011. Son regard de chorégraphe complète le mien dans une parfaite complicité. Son apport ici me semble essentiel pour accompagner et guider les corps. 
L’équipe technique se compose comme toujours des collaborateurs de la première heure, à la lumière, Maurice Fouilhé et, au son, Adrien Cordier. 
J’ai imaginé un plateau nu, bordé d’un grand voilage clair. Comme une antichambre, un salon sur le Mont Olympe. J’ai demandé une création d’images d’animation à une jeune bande de créateurs issus de l’école des Gobelins. Ces images sont projetées sur l’ensemble du plateau pour rythmer les temps de parole. Ces projetions constituent des interludes colorées et poétiques. 
Adrien Cordier a composé une partition originale empreinte de musique électronique. 
Second volet d’un diptyque consacré aux invisibles, TRANS (més enllà) nous demande d’abandonner nos préjugés et d’agrandir notre champ de tolérance. Grâce au théâtre, un théâtre non pas documentaire mais de l’humanité, TRANS nous permet de voir le monde dans son éblouissante complexité. »
Didier Ruiz


Biographie
En 1999, Didier Ruiz est sur le plateau du Théâtre Ouvert à Paris quand il décide d’aller voir si les histoires qui se jouent dehors ne seraient pas plus saisissantes que celles qu’il incarne en tant que comédien. Sortant de la scène, il y fait entrer un élément qui d’habitude ne s’y trouve pas : une parole vraie. Didier Ruiz entame alors une première série de spectacles, Dale Recuerdos (Je pense à vous), qui convoque la mémoire de personnes âgées, projet reconduit dans trente et une villes villes en France comme à l’étranger (Santiago du Chili en 2008, Moscou en 2009, Malabo en Guinée Equatoriale en 2013, Barcelone en 2017). Dans les récits exposés, Didier Ruiz retrouve le caractère sacré de l’acte théâtral : la vérité du présent qui s’énonce. Car pour le directeur artistique de La compagnie des Hommes, la mission du théâtre, qu’il accueille du réel ou de la fiction, est toujours la même : donner à voir et à entendre une humanité partagée. 
C’est le lieu où quelqu’un éteint les lumières, éclaire des êtres, et invite d’autres à les écouter. Auprès de ceux qu’il appelle "innocents" comme avec les "professionnels du mensonge" que sont les comédiens, Didier Ruiz est metteur en scène au sens propre ; il accompagne sur le théâtre les voix et les corps de ceux qu’il a réunis, et autour desquels il ajuste le cadre afin que s’y déploient les paysages que chacun recèle. Portraitiste, Didier Ruiz provoque une double découverte : le sujet du tableau s’étonne lui-même de l’étendue révélée, et le spectateur est bouleversé d’y voir le reflet de sa propre intériorité.

Voir, écouter et lire

17 septembre 2018

Culturopoing

Sans jamais sombrer dans le misérabilisme, ni valoriser les transitions spectaculaires, les sept protagonistes nous entraînent jusqu’aux larmes dans un tsunami d’émotions ; quelques stéréotypes tombent et une foi intense en l’humanité nous envahit.

Les Inrockuptibles

Loin de toute impudeur, le spectacle imaginé par Didier Ruiz, TRANS (més enllà), est bouleversant d’intimité et de délicatesse.

Hervé Pons

13 juillet 2018

Le Figaro

Très fort, très sobre, très éclairant.

Armelle Héliot

Séances et tarifs

Autour du spectacle

Vendredi 6 novembre

Théâtre

Rencontre à l’issue de la représentation

Génerique

Mise en scène : Didier Ruiz • Collaboration artistique : Tomeo Vergés • Assistanat à la mise en scène : Mònica Bofill • Scénographie : Emmanuelle Debeusscher • Costumes : Marie Negretti • Musique : Adrien Cordier • Lumière : Maurice Fouilhé • Animations visuelles scéniques réalisées par un groupe d'élèves de la formation Graphiste Motion Designer de Gobelins, l'école de l'image Lu Aschehoug, Garance Bigo, Clothilde Evide, Aurore Fénié, Arthur Gaillon, Anne Hirsch, Yu-Heng Lin, Julia Nuccio • Vidéo : Zita Cochet • Chargée de rencontres : Àngels Nogué i Solà • Traduction et surtitrage : Julien Couturier / PANTHEA • Production : Emilie Raisson • Diffusion : Mina de Suremain • Avec : Neus Asencio, Clara Palau, Danny Ranieri, Raúl Roca, Ian de la Rosa, Sandra Soro


Production déléguée : La compagnie des Hommes • Coproduction : Teatre Lliure Barcelone, Châteauvallon scène nationale, Le Channel scène nationale de Calais, Arpajon–La Norville–Saint-Germain-lès-Arpajon, Fontenay-en-Scènes/Fontenay-sous-Bois, Festival d’Avignon, Le Grand T théâtre de Loire-Atlantique, Théâtre de Chevilly-Larue, Scène nationale de l’Essonne, Agora - Desnos, La Filature scène nationale de Mulhouse, Théâtre de Choisy-le-Roi - Scène conventionnée d'Intérêt National - Art et Création pour la diversité linguistique en collaboration avec PANTHEA • Avec le soutien du Département du Val de Marne, de l’Institut français et de la Fondation Un monde par tous, sous l’égide de la Fondation de France • La compagnie des Hommes est conventionnée par le Ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France et par la Région Ile-de-France au titre de la permanence artistique et culturelle. Elle est subventionnée par la DRAC Ile-de-France et le Département de l’Essonne pour sa résidence à Arpajon, La Norville et Saint-Germain-lès-Arpajon

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