du jeudi 25 au samedi 27 mars 2027

THÉÂTRE

La guerre n'a pas un visage de femme

Julie Deliquet

Théâtre Gérard Philippe, centre dramatique national de Saint-Denis

D'après le livre de Svetlana Alexievitch

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Présentation

Printemps 1975, dans un appartement communautaire soviétique, des femmes sont réunies par une journaliste pour raconter leur guerre. La parole est donnée à celles que l’Histoire a longtemps reléguées dans l’ombre. La conversation prend vie dans cette adaptation de l’ouvrage de Svetlana Alexievitch, mise en scène par Julie Deliquet.

Comment raconter la guerre pour laquelle on s’est engagée ? En 1941, l’invasion nazie provoque l’engagement de plus de 800 000 jeunes femmes soviétiques dans la Grande Guerre patriotique. Pour la plupart encore lycéennes, elles deviennent brancardières, pilotes de chasse, chirurgiennes ou tireuses d’élite... Et pourtant, qui s’en souvient ? Sous forme d’enquête, à travers une polyphonie de témoignages intimes, la pièce compose une mémoire collective faite de fragments de vies, de peur, de fatigue et de bravoure. La guerre n’est plus une succession de dates, mais une somme d’expériences humaines.

Oubliées du discours officiel, parfois réduites au silence à leur retour, ces femmes n’ont jamais vu leur courage reconnu à la hauteur de leur sacrifice. Les dix actrices portent leurs récits sur scène, font résonner leurs voix et arrachent leur mémoire à l’oubli. Elles ouvrent un espace précieux de transmission et de réflexion qui contribuera, peut-être, à éclairer les regards démocratiques d’aujourd’hui et de demain. 


PROPAGANDE, INVISIBILISATION, OUBLI PUIS CENSURE

« Très tôt, je me suis intéressée à ceux qui ne sont pas pris en compte par l'Histoire. Ces gens qui se déplacent dans l'obscurité sans laisser de traces et à qui on ne demande rien. »

Svetlana Alexievitch met le doigt sur un point qui fait mal : l’exigence de sacrifice de la part de l’État et les vies brisées. Cela en valait-il la peine ? Les tenants du sacrifice patriotique et les critiques d’un régime totalitaire s’affrontent alors. Ce même message traverse l’ensemble de son oeuvre : quel est le destin de l’Homme face à l’écrasante machine étatique ? Chacun de ses livres est un diagnostic qui explore des non-dits et brise des tabous.

C’est la première fois qu’une femme ayant écrit sur la guerre obtient le Prix Nobel de littérature. Il y a eu des récits et des romans de femmes sur la guerre, mais finalement assez peu, si l’on tient compte du fait qu’elles représentent la moitié de la population de la terre et subissent la guerre autant que les hommes.

Ce précieux récit apporte donc un éclairage nouveau sur la Seconde Guerre mondiale. Ces centaines de témoignages de femmes mettent à jour une partie méconnue de notre histoire européenne pour mettre fin à la barbarie nazie. Le courage et les actes de bravoure de ces femmes ne seront pas récompensés au niveau de leur sacrifice, elles seront les grandes oubliées du discours officiel. Méprisées, ignorées, considérées comme des « femmes impures » à leur retour, elles se sont tues. Ces témoignages viennent briser quarante années de mutisme collectif. À sa parution en 1985, l'oeuvre a fait l’objet d’une censure. Certains récits qu’elle fait entendre sont inaudibles, contraires à la version officielle de l’histoire dont la propagande soviétique est garante.

Lorsque Svetlana Alexievitch revient à ce texte en 2003, elle commence donc par rétablir ce qui a été supprimé à l’époque par la censure, mais aussi par elle-même qui l’avait devancée. Dans cette dernière version, l’on peut découvrir des confessions crues, aussi bien dans les faits de guerre racontés que dans l'intimité dévoilée ; des femmes qui voient des enfants mourir, qui ont leurs règles et ne peuvent le cacher aux hommes, qui se réjouissent d’entendre craquer les os des ennemis sous les pas de leurs chevaux.

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BIOGRAPHIES
Svetlana Alexievitch
 - autrice - naît le 31 mai 1948 dans une famille d’enseignants de l'ouest de l'Ukraine.
Elle travaille d'abord comme éducatrice et professeure d'histoire et d'allemand puis commence une carrière de journaliste dans un journal rural. En 1985, son premier livre, La guerre n’a pas un visage de femme, recueil de témoignages d’anciennes combattantes de la Seconde Guerre mondiale, provoque une énorme polémique. L’ouvrage est jugé « antipatriotique, naturaliste, dégradant » et relevant de la haute trahison. Soutenu par Mikhaïl Gorbatchev, il se vend néanmoins à plusieurs millions d’exemplaires. Toujours en 1985, paraît Derniers témoins, la guerre vue par des femmes et des hommes qui, à l’époque, étaient des enfants. Les Cercueils de zinc (1990), recueil de témoignages de soldats soviétiques envoyés se battre en Afghanistan, est un nouveau scandale suivi d’un procès. Ensorcelés par la mort (1993), sur les suicides qui ont suivi la chute de l’URSS est publié avant La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse (1997), interdit aujourd’hui encore au Biélorussie. La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (2013), sur la fin de l’URSS et ce qui a suivi, est récompensé du prix Médicis essai 2013 et, en 2015, Svetlana Alexievitch reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre.
Participante active de la révolution biélorusse de 2020, survenue après la dernière élection présidentielle frauduleuse dont Alexandre Loukachenko est sorti vainqueur, menacée d’arrestation, elle a été obligée de s’exiler à Berlin où elle réside actuellement. Ses livres se placent toujours du côté de la personne contre la raison d’État. En cela, ils sont radicalement incompatibles avec l’idéologie soviétique, mais aussi avec celle de la Russie d’aujourd’hui.

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Julie Deliquet
 - directrice artistique
Après des études de cinéma et à l’issue de sa formation au Conservatoire de Montpellier puis à l’École du Studio Théâtre d’Asnières, Julie Deliquet poursuit sa formation à l’École internationale de théâtre Jacques Lecoq. Elle crée le collectif In Vitro en 2009 et présente Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce (2e volet du Triptyque « Des années 70 à nos jours... ») dans le cadre du concours Jeunes metteurs en scène du Théâtre 13, elle y reçoit le prix du public. En 2011, elle crée La Noce de Bertolt Brecht (1er volet du Triptyque) au Théâtre de Vanves puis au 104 dans le cadre du Festival Impatience, puis en 2013, Nous sommes seuls maintenant, création collective et 3e volet du Triptyque. Le Triptyque est repris en version intégrale au Théâtre de la Ville et au Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis dans le cadre du Festival d’Automne 2014. En 2015, elle met en scène Gabriel(le), pour le projet « Adolescence et territoire(s) » à l’initiative de l’Odéon – Théâtre de l’Europe, et crée Catherine et Christian (fin de partie), épilogue du Triptyque, au Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis dans le cadre du Festival d’Automne 2015. En septembre 2016, elle met en scène Vania d’après Oncle Vania d’Anton Tchekhov à la Comédie-Française. Elle crée Mélancolie(s) en octobre 2017 d’après Les Trois Sœurs et Ivanov d’Anton Tchekhov au Théâtre de Lorient, centre dramatique national de Bretagne et repris au Théâtre de la Bastille dans le cadre du Festival d’Automne 2017. En 2019, Julie Deliquet crée Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman à la Comédie-Française, réalise un court-métrage, Violetta, dans le cadre de la 3e scène de l’Opéra de Paris, sorti en salle pendant la pandémie sous le titre Celles qui chantent au côté des films de Sergei Loznitsa, Karim Moussaoui et Jafar Panahi. Ce programme de films devait être présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2020. À l’automne 2019, elle crée Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin à la Comédie de Saint-Étienne, centre dramatique national. Le spectacle est repris à l’Odéon - Théâtre de l’Europe dans le cadre du Festival d’Automne 2019.
Julie Deliquet est marraine de la promotion 29 de l’École supérieure d’art dramatique de la Comédie de Saint-Étienne et crée avec eux une écriture de plateau Le ciel bascule en juin 2020. En 2020, Julie Deliquet prend ses fonctions de directrice du Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis.
En 2021, elle crée Huit heures ne font pas un jour de Rainer Werner Fassbinder au Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis et y co-met en scène en 2022 Fille(s) de aux côtés de Lorraine de Sagazan, Leïla Anis et
les actrices du collectif In Vitro. Elle crée la même saison avec la troupe de la Comédie-Française, Jean-Baptiste, Madeleine, Armande et les autres... d’après Molière, salle Richelieu.
En juillet 2023, elle crée au Festival d’Avignon, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, Welfare d’après le film de Frederick Wiseman puis en décembre 2023 Une nuit invisible nous enveloppe, spectacle de sortie de la promotion 2023 du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique - PSL.

Voir, écouter et lire

Transfuge

Ce théâtre ne cherche pas à donner de leçon. Il produit un électrochoc intime. Il nous parle au présent. Julie Deliquet signe ici un théâtre de la mémoire vivante.

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore

Les Inrockuptibles

Adapté du livre de Svetlana Alexievitch, le théâtre documentaire de Julie Deliquet culbute les époques pour donner la parole aux femmes qui ont fait la guerre, porte-voix de celles qui la font aujourd’hui.

Fabienne Arvers

Un fauteuil pour l’Orchestre

(...) l’histoire oubliée de près de 800 000 femmes, incarnée parfaitement dans le rire et les larmes, avec les mots de tous les jours.

Sylvie Boursier

Séances et tarifs

Générique

Avec : Julie André, Astrid Bayiha, Évelyne Didi, Marina Keltchewsky, Odja Llorca, Marie Payen, Amandine Pudlo, Agnès Ramy, Blanche Ripoche, Hélène Viviès • Traduction : Galia Ackerman, Paul Lequesne • Version scénique : Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos • Collaboration artistique : Pascale Fournier, Annabelle Simon • Scénographie : Julie Deliquet, Zoé Pautet • Lumière : Vyara Stefanova • Costumes : Julie Scobeltzine • Régie générale : Pascal Gallepe • Construction du décor : Atelier du Théâtre Gérard Philipe • Le texte est publié dans son intégralité aux éditions J’ai lu. 


Production : Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis • Coproduction : Cité Européenne du théâtre – Domaine d’O, Montpellier ; Comédie – CDN de Reims ; Nouveau Théâtre de Besançon – CDN ; La Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France ; Théâtre National de Nice – CDN ; L’Archipel – scène nationale de Perpignan ; Équinoxe – scène nationale de Châteauroux ; Les Célestins, Théâtre de Lyon ; La rose des vents – scène nationale Lille Métropole-Villeneuve d’Ascq ; l’EMC91 – Saint-Michel-sur-Orge ; Le Cercle des partenaires du TGP • Avec le soutien du dispositif d’insertion professionnelle de l’ENSATT • Avec le soutien de l’Onda pour l’audiodescription