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Le 28 novembre 2020

Théâtre

Le silence et la peur Annulé ou reporté

David Geselson

Cie Lieux-Dits

© Simon Gosselin
© Simon Gosselin 
© Simon Gosselin
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© Simon Gosselin
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© Simon Gosselin

Présentation

Nina Simone vient au monde en 1933, au milieu du feu. Sa trajectoire tumultueuse - de son enfance à son décès à Carry-le-Rouet en 2003, en passant par l’apogée de sa carrière artistique dans les années 70 et son engagement militant - croise, en permanence, la trame de l’histoire sanglante des États-Unis et des empires coloniaux occidentaux... En convoquant, par vagues successives, les épisodes de la vie de cette arrière-petite-fille d’une Cherokee, mariée à un esclave noir africain, Le silence et la peur est une réflexion brillante sur le thème de la transmission, le récit d’une rage, d’une insurrection individuelle et collective face à l’oppression. Comment la peur d’être détruit, laisse-t-elle dans les corps et les esprits de ceux qui la subissent, des cicatrices indélébiles ? Comment un individu peut-il construire son identité propre à partir des fragments légués par ses ancêtres ?   

Préférant le prisme de l’Histoire à celui d’un biopic, David Geselson livre, avec son équipe, un spectacle aussi bouleversant qu’exaltant, sans jamais être édifiant. La fiction se mêle aux faits historiques pour construire un récit commun de lutte et d'absolution, qui résonne aujourd’hui encore... 


Note d’intention 
La figure de Nina Simone
« Après avoir créé En Route-Kaddish en 2015, je suis tombé sur une biographie de Nina Simone écrite par le journaliste franco-suisse David Brun-Lambert. C’était après avoir écouté une intégrale des enregistrements que Nina Simone avait publiée chez RCA dans les années 60-70. Je connaissais sa musique mais peu, voire pas, son histoire. J’ai découvert là une vie épique, une épopée de 70 ans qui se termine dans une solitude presque totale, en France en 2003 à Carry-le-Rouet. L’histoire d’une quête intime éperdue pour la reconnaissance, et celle d’une lutte politique vitale qui résonne aujourd’hui encore. La façon dont sa vie est chevillée à l’Histoire m’a semblé être l’occasion de travailler sur l’histoire afro-américaine. Une histoire de conquête et de combats pour la liberté, une histoire de blessures aussi, des cicatrices qu’elles laissent dans les corps, et qui se transmettent de génération en génération de part et d’autre de l’Atlantique.
Nina Simone, presque trop connue pour que l’on puisse s’en approcher, est sans doute irreprésentable sur un plateau de théâtre. Jouer une Nina Simone, faire chanter comme Nina Simone, est un pari risqué : on sera toujours pâle à côté du réel. Pourtant il y a là quelque chose d’infiniment attirant. Parce qu’elle est, malgré elle, l’héritière directe d’une bonne partie de l’histoire des États-Unis et d’une part majeure de notre histoire commune elle est, aussi, le véhicule d’un héritage que nous avons à porter aujourd’hui. Et les questions que posent cet héritage sont sans doute une matière théâtrale extrêmement féconde, quelles que soient les formes auxquelles elles aboutissent.
Plus que de sa musique, il s’agira pour nous de parler de la musicienne, de la façon dont se sont nouées ses relations amoureuses, de ce que les pères transmettent, de la façon dont les évènements poussent à écrire et à créer, et de ce que la fragmentation d’une identité produit.
Le processus d’écriture
Dans la lignée de mes précédents projets, Doreen et En Route-Kaddish, j’entends composer à plusieurs mains une forme construite à partir de documents réels et d’éléments historiques. Les biographies, autobiographies, récits intimes, et l’histoire américaine me servent de base de travail. Et puis il y a ce que les acteurs apportent, écrivent et proposent au plateau, et que j’intègre et retravaille. J’ai travaillé énormément à partir de la biographie de la journaliste américaine Nadine Cohodas, Princess Noire, the tumultuous reign of Nina Simone. De nombreux ouvrages d’histoires m’ont aussi guidé. Ceux d’Howard Zin, Manning Marable, Caroline Rolland Diamond, James W.Loewen, Jane Burbank et Frederick Cooper, pour n’en citer que quelques-uns. Nina Simone, Eunice Waymon de son vrai nom, de l’enfant prodige effrontée née à Tryon dans le fin fond de la Caroline du Nord, à la star américaine devenant l’une des voix du mouvement afro-américain de lutte pour les droits civiques, est aussi l’arrière arrière-petite-fille d’une Cherokee survivante du génocide des Amérindiens, mariée à un esclave noir africain : elle porte en elle quatre siècles d’histoire coloniale. Raconter son histoire est aussi l’occasion d’évoquer le récit de la conquête meurtrière du « Nouveau Continent » par les différents empires occidentaux (espagnols, portugais, anglais, hollandais et français) à partir du 15e siècle, et ce faisant, une partie de l’histoire des Afro-Américains, dont les tragiques destinées sont étroitement liés à la conquête du « Nouveau Monde ». Les documents, l’Histoire, sont la base de ce qui constitue notre projet. Mais c’est bien une fiction que nous donnerons à voir. Une fiction construite à partir de faits historiques réels. Je renoue là avec l’un des processus qui avaient guidé l’écriture d’En Route-Kaddish où le trouble entre le réel et la fiction ne se résout jamais tout à fait.
Le choix d’une équipe européano-américaine
Comment la peur d’être détruit, parce que l’on est ce que l’on est, laisse dans les corps et les esprits de ceux qui la subissent des cicatrices indélébiles, et qui se transmettent, génération après génération ? Européens, Occidentaux, nous sommes aussi les héritiers de ces blessures, infligées ou subies. Victimes et bourreaux, nos histoires sont le fruit des bouleversements provoqués par le développement des empires qui deviendront plus tard l’Europe, sur les terres habitées des Amériques à partir du 15e siècle. Alors comment faire récit commun ? Quelle légitimité pour ce faire ?
Raconter l’intimité de Nina Simone est aussi une tentative de lecture d’une part de ces combats historique à travers la vie d’un individu. Le faire depuis un point de vue français et exclusivement blanc serait probablement une erreur.
Il ne s’agit pas ici de s’approprier une histoire qui n’est pas nôtre, celle des Africains-Américains, mais plutôt de tenter de faire communauté, et de faire se rencontrer les protagonistes héritiers de deux histoires aux conséquences bien différentes pour tenter de construire, au-delà des blessures laissées par nos aïeux, un lieu commun. A l’heure où les questions d’appropriation culturelle deviennent un enjeu important pour les artistes de théâtre comme de cinéma, nous souhaitons construire une équipe avec laquelle plonger de plein pied dans la grande histoire, forts de nos expériences et de nos histoires propres, de chaque côté de l’Atlantique. Pour raconter ces histoires, pour approcher quelque chose de ce que Nina Simone porte en elle, il m’a semblé indispensable de travailler avec des artistes afro-américains. Pas tant pour légitimer une démarche que pour prendre connaissance. Nous aurons beau étudier toute l’histoire de Nina Simone et l’histoire afro-américaine, il nous restera toujours une part d’inconnu : celui de l’expérience. Et c’est cet inconnu que nous voulons rencontrer pour faire récit commun. Pas tant pour le dévoiler que pour le rendre présent. L’équipe artistique s’est donc construite par la rencontre entre deux mondes, deux héritages, deux façons de travailler : franco-européen et afro-américain. Après une première session de travail en juillet 2018 à New-York à la Harlem Stage, nous avons avec la compagnie Lieux-Dits proposé à plusieurs artistes afro-américains de se lancer dans la construction du projet. Les Américains Dee Beasnael, Kim Sullivan, Odysseus Bailer, Yusef Miller, Paul Pryce, Nambi Kelly, April Mathis, l’Anglais Craig Blake, les Français Elios Noël, Laure Mathis, tous ont, à un moment donné du long processus d’écriture, apporté leur voix, leurs histoires, leurs désirs, leurs colères et leurs contradictions.
Le spectacle s’écrira et se jouera en anglais et en français. »
David Geselson, juillet 2019


Biographie
David Geselson a écrit, mis en scène et interprété ses propres textes En Route-Kaddish et Doreen. Il a aussi mis en scène Eli Eli de Thibault Vinçon ainsi que Les Insomniaques de Juan Mayorga. Il joue sous la direction de Tiago Rodrigues dans Bovary créé en mai 2016 au Théâtre de la Bastille, en tournée pendant les saisons 16/17, 17/18, 18/19 et 19/20. Il a été formé à l’École du Théâtre national de Chaillot, à l’École de théâtre « Les Enfants Terribles » et au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Au théâtre, il a joué sous la direction de Brigitte Jaques dans La Marmite de Plaute, Cécile Garcia-Fogel dans Foi, Amour, Espérance de Ödön von Horváth, Gilles Cohen dans Théâtre à la campagne de David Lescot, David Girondin-Moab et Muriel Trembleau dans Le Golem d’après Gustav Meyrink, Christophe Rauck dans Le Révizor de Gogol, Gabriel Dufay dans La Ville de Evguéni Grichkovets, Jean-Pierre Vincent dans Meeting Massera de Jean-Charles Massera, Volodia Serre dans Les Trois Sœurs, d’Anton Tchekhov, Juliette Navis et Raphaël Bouchard dans Mont-Royal, création collective, et Jean-Paul Wenzel dans Tout un Homme.
Au cinéma et à la télévision, il a joué sous la direction de Francis Girod dans Terminal, Marc Fitoussi dans La Vie d’artiste, Martin Valente dans Fragile, Elie Wajeman dans Alyah et dans Les Anarchistes (Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 2012 et Semaine de la critique - Cannes 2015 ), Isabelle Czajka dans La Vie Domestique, Olivier de Plas dans QI, Rodolphe Tissot dans Ainsi-soit-il (saison 2 et 3), Vincent Garanq dans L’Enquête, François Ozon dans Grâce à Dieu ainsi que dans les courts-métrages de Muriel Cravatte, Antonin Peretjatko, Marie Donnio et Etienne Labroue.

Voir, écouter et lire

Les Inrockuptibles

“Un spectacle de réappropriation culturelle partagée, d'une humanité ravageuse. La preuve par trois du talent inouï de David Geselson pour faire de l’histoire un bien commun.”

Fabienne Arvers

Le Monde

"Un jeu de panneaux dessine les décors: loge, bar, maison riche ou intérieur frustre de l'enfance… se coulent les uns dans les autres comme les langues se répondent. Dee Beasnael, qui joue Nina Simone, parle anglais et aussi ngambaye (...) Cette comédienne qui vit à New-York dégage une belle énergie."

Brigitte Salino

Libération

"Sur le plateau, plusieurs cultures de jeux font corps, de même que le texte passe avec fluidité du français à l'anglais (...) Trop vaste et ambitieuse, l'entreprise qui regarde Nina Simone naître dans les soubasement de l'Amérique, et trop périlleux, le risque de l'appropriation Culturelle? De manière tacite, ces questions tissent cette pièce-matriochka, épopée au plus loin, au plus proche, qui refuse la chronologie et avance par vagues successives pour saisir ce qui forge une personne et sa force de transpercer la chappe de l'oppression" 

Anne Diatkine

Séances et tarifs

Génerique

Texte et mise en scène : David Geselson • Interprétation : Dee Beasnael, Laure Mathis, Elios Noël, Kim Sullivan (en cours) • Scénographie : Lisa Navarro assistée de Margaux Nessi • Création lumière : Jérémie Papin assisté de Marine Le Vey • Création vidéo : Jérémie Scheidler assisté de Marina Masquelier • Création son : Loïc Le Roux • Costumes : Benjamin Moreau • Assistante à la mise en scène : Shady Nafar • Régie générale : Sylvain Tardy • Collaboration à la mise en scène : Dee Beasnael, Craig Blake, Loïc Le Roux, Laure Mathis, Benjamin Moreau, Shady Nafar, Lisa Navarro, Elios Noël, Jérémie Papin, Jérémie Scheidler, Kim Sullivan, Sylvain Tardy• Traduction : Nicholas Elliott et Jennifer Gay • Construction décors : Atelier décor du ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie • Réalisation costumes : Sophie Manac’h • Administration, production : Noura Sairour • Diffusion, relations presse : AlterMachine, Carole Willemot • Relations presse : Irène Gordon-Brassart


Production : Compagnie Lieux-Dits • Coproduction : Théâtre de Lorient, centre dramatique national, Le Canal - Théâtre du Pays de Redon, Théâtre National de Bretagne - Rennes, ThéâtredelaCité - CDN Toulouse Occitanie, Théâtre d’Arles, scène conventionnée d’intérêt national - art et création, Théâtre de la Bastille, Espaces Pluriels, Scène conventionnée danse – Pau, L’empreinte scène nationale Brive/Tulle, Théâtre Le Rayon Vert, Scène conventionnée d’intérêt national – art en territoire de Saint-Valéry-en-Caux, Le Gallia Théâtre, scène conventionnée d’intérêt national – art et création de Saintes, La Comédie - Centre Dramatique National de Reims, Théâtre des Quatre saisons, Gradignan, Théâtre de Choisy-le-Roi - Scène conventionnée d’Intérêt national - Art et création pour la diversité linguistique, en coopération avec PANTHEA, La Rose des Vents, Scène nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq, CDN Besançon Franche-Comté, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène nationale, Teatro Nacional Dona Maria II, Lisbonne, Portugal• Avec l’aide du Ministère de la Culture, de la Région Ile-de-France, de la Spedidam, de l’Institut français dans le cadre de son programme Théâtre Export, de FACE Foundation Contemporary Theater, de la Harlem Stage – New York - Etats–Unis • Avec le soutien de Théâtre Ouvert – Centre national des Dramaturgies Contemporaines, La Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon – centre national des écritures du spectacle et du Théâtre de l’Aquarium • Accueillie en résidence au CDN de Normandie-Rouen • La compagnie Lieux-Dits est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Ile-de-France